Voyage en Catalogne – Partie 2: musées et scénographie…

Suite de mon voyage en Catalogne en octobre, dont je vous ai déjà parlé ici , cette fois-ci sous l’angle des musées et de leur scénographie… En effet, lors de ce voyage, j’ai eu l’occasion de découvrir des musées dont la forme prévalait parfois sur le fond – ie une scénographie magnifique, un « écrin » pour reprendre un mot utilisé jusqu’à l’excès par les communicants, pour un propos finalement assez vague – et des musées qui, au contraire, semblaient plus pointus au premier abord mais bien plus riches de contenu.

Retour donc sur trois musées et un musée-château…

Si vous aimez l’art roman et gothique, j’ai parlé dans cet article de l’art gothique comme « une ligne de crête entre l’abstraction et la recherche du naturel » concernant l’exposition en cours au musée de Cluny, direction le musée d’art de Gérone que j’ai eu la chance de découvrir avec sa pétillante et dynamique directrice. L’occasion de découvrir un musée né en 1977 et héritier de deux collections, celle de l’archevêché et celle de l’ancien musée provincial de Gérone.

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L’art ancien y règne en maître… dans le cadre splendide de l’ancien Palais épiscopal. On y apprend que l’art roman arrive du Nord de l’Italie et en Espagne par le Sud de la France. On y retrouve des œuvres à l’aspect hiératique, très typique du roman des X° et XI°s avant qu’une étincelle d’humanité n’apparaisse avec le gothique. La fameuse lionne de Gérone, symbole de la ville, se trouve d’ailleurs dans ce musée, et les touristes se prennent en photo devant une copie. Une rare Vierge enceinte, objet de dévotion, trône également dans une salle. Parmi les curiosités, je vous conseille cet étonnant martyrologe du XV°s, créé à Prague et donné en cadeau à Naples dont le Roi était à l’époque catalan, ainsi que la salle consacrée à la fabrication des vitraux, et la présentation du retable de Saint Felix, de toute beauté, accompagné d’un film retraçant son histoire… Un musée à découvrir d’urgence et dont j’espère que le parcours autour de la figure féminine se réalisera.

Dans un tout autre genre, le musée de la pêche de Palamos, ouvert en 2002, est un musée manifeste, afin que les générations n’oublient pas l’importance de cette activité pour la région. Dans une scénographie de circonstance qui renforce un propos qui aurait pu être aride, je découvre les différents métiers liés à la pêche, de 1277 et le début du commerce avec l’Italie, à nos jours: la construction et la réparation navale, le tonnelier, le maître voilier…

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Situé à deux pas des plages de la Costa Brava, c’est une occasion pour ne pas « bronzer idiot » en été.

Pour les amoureux de Dali et Gala, direction Pubol et le musée château de Gala.

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Un château offert à Gala par Dali lorsqu’elle avait 76 ans, et où il ne pouvait se rendre que sur invitation. Une décoration à la Dali, fantasque, un brin dérangeante, et un pèlerinage sur la tombe de Gala au sous-sol (Dali est enterré à Figueras).

 

Enfin, un musée m’a laissée profondément perplexe, le DOR museum, musée des bijoux. Situé aux alentours de Gérone dans un décor somptueux, l’ancienne forteresse rénovée de Sant Julia, il déploie les différents techniques modernes au service de la volonté d’un homme… mais sans réel propos… On y découvre certes au rez-de chaussée, sur des écrans, les différentes pierres qui peuvent composer des bijoux, mais la suite des salles est un ensemble de belles pièces – services, nécessaire de toilette, bijoux…- sans réelle stratégie, si ce n’est celle d’un millionnaire qui souhaite laisser son nom à la postérité…

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Quatre lieux, quatre styles, quatre ambiances différentes…

Anne-Laure FAUBERT

Expo Andrée Putman: qu’entend-on par créer?

Cela faisait longtemps que j’avais envie d’écrire sur cette expo.

Je ne connaissais cette designer que grâce à des magazines et à sa collection pour l’orfèvre Christofle. Je n’arrivais donc pas à vraiment me faire une idée. Et puis j’avoue, j’aime bien les expos de l’hôtel de ville. J’y ai découvert Willy Ronis en 2005, revu Doisneau, des films sur Paris…

En y arrivant, une surprise m’y attendait: pas de queue! Je me souviens encore des hivers dans le froid pour certaines expositions. Et là, pas moyen de couper la file grâce à une carte!

J’ai trouvé cette exposition très intéressante car elle met en valeur sa carrière, qu’il s’agisse de photos de son loft, de chaises, lampes, de la fameuse baignoire pour la salle de bain à damier noir et blanc de l’hôtel Morgans en 1984, des sièges du Concorde, de sa collaboration avec Christofle.

La présence du piano à demi-queue Voie lactée réalisé pour Pleyel en 2008 m’a émue, clin d’oeil à sa formation initiale de pianiste. Piano Voie lactée (c) Marc Abel

Mais il manquait quelque chose: davantage d’explications peut-être? Mais de quoi au juste?

Car cette exposition pose à nouveau la question de la création, évoquée dans un de mes premiers billets au sujet de Turner.

Qu’entend-on par créer? Car Andrée Putman, comme elle le dit elle-même, n’a rien créé au début. Elle n’a fait que remettre au goût du jour certains mobiliers du début du XX°s. Ensuite, elle a refait les décors de ministères, d’hôtels… C’est peut-être cela qui manquait: ses inspirations, sa façon de procéder…