Schiele / Basquiat à la Fondation Louis Vuitton

Si à première vue la double exposition Egon Schiele (1890-1918) / Jean-Michel Basquiat (1960-1988) peut surprendre, elle s’explique en partie par le destin tragique des deux peintres, des rapports compliqués à leur père et aux normes établies, et un décès au même âge.

Cette double exposition était surtout pour moi l’occasion de voir et revoir les œuvres de Schiele, l’un de mes peintres préférés découvert pendant mon année d’étude en Autriche et trop souvent réduit à ses Nus dérangeants. La visite vaut le déplacement pour le sublime Danaé de Schiele, et la finesse de ses dessins… Voir Schiele et partir… A la grande différence de Klimt, qui célèbre la vie, Schiele prend très vite conscience de la mort. C’est sûrement cette fêlure qui me rapproche tant de ce peintre.

Les pulsions rejetées par la bonne société deviennent le matériau de sa peinture et de ses dessins, même si après son emprisonnement il essaie de se conformer aux normes bourgeoises. Schiele se représente souvent de façon religieuse, en moine, ou en voyant. Alors même qu’il peint des couples homosexuels, il reste fermé sur la question. Cette volonté de se conformer aux codes sociaux lui fait abandonner sa compagne et modèle Wally, car ne provenant pas d’assez bonne extraction, pour Edith, bien sous rapports, mais qui le trompe avec un ami à Prague. Edith dit cette phrase terrible de Schiele: « Il m’aime à sa façon mais ne m’ouvre pas son cœur ».

En contrepoint, Jean-Michel Basquiat est confronté à l’Amérique de la ségrégation encore vivace. Né d’un père haïtien, il vient d’un milieu cultivé et n’a jamais été en quête d’argent, mais de reconnaissance… celle qui lui manque de son père depuis son enfance…

La majorité des œuvres présente dans l’exposition provient de collections privées car les musées ne souhaitaient pas les acheter. Basquiat voulait faire rentrer les Noirs dans les musées. Une réflexion que je me suis souvent faite: pourquoi cette communauté n’est présente dans les musées que lorsque le sujet est identitaire ou en danse quand il s’agit de chorégraphes Noirs américains comme Alvin Ailey? Il y a peu de femmes peintres et pourtant les femmes vont dans les musées.

 Chez Basquiat, dont je n’aime pas l’œuvre car trop chargée, voire « brouillon » par moments, les tableaux ont plusieurs sens: ainsi le mot « tar » qui signifie goudron, noir, est aussi l’acronyme du mot art et une façon de désigner la drogue… Cette dépendance qui cause sa mort…

Basquiat n’aimait pas s’entretenir avec les collectionneurs et les marchands d’art et pouvait se montrer odieux avec eux.  On apprend également qu’il faisait plusieurs choses à la fois lorsqu’il peignait. Ainsi quand il est sous cocaïne ses tableaux fourmillent de détails, alors que quand il prend de l’héroïne les tableaux se vident avec des grands aplats de couleurs. Ses tableaux sont des cris silencieux et la fragilité du châssis montre celle des minorités. Tout comme Schiele eut Wally et Edith comme modèles, Basquiat est influencé par sa compagne Suzanne Mallouk, représentée sous le nom de Vénus. Basquiat considèrait que Picasso s’était servi de l’art africain pour redorer l’art occidental. Il veut redorer l’art africain avec l’art occidental et l’on retrouve certains de ses tableaux, notamment ceux des Griots peints sur fond doré, comme des icônes, sacralisant ainsi l’art africain.

Basquiat ou la dénonciation des discriminations. Schiele ou la rébellion contre la société autrichienne corsetée du début du XX°s. Deux étoiles filantes dans le monde de l’art…

Anne-Laure FAUBERT

Expositions jusqu’au 14 janvier 2019 à la Fondation Louis Vuitton

Madeleine de Proust : viennoiseries au pavot

Qui n’a pas traîné ses guêtres en Europe centrale ou quiconque n’a de lien avec cette partie du monde peut-il comprendre le bonheur de manger une viennoiserie au pavot dans la rue des Rosiers à Paris?

Chacun d’entre nous a sa madeleine de Proust…

D’ailleurs je n’ai jamais compris pourquoi on parlait de la madeleine de Proust, et non d’autres instants de réminiscence de la Recherche, comme par exemple lorsque le narrateur bute sur un pavé sous le soleil italien ou lorsque, revenant à Balbec, il prend une serviette de bain et se rappelle l’odeur d’autres serviettes fraîchement lavées dans son enfance… Pour l’avoir vécu quelque part en Afrique, je dirai une odeur de pain d’épices…

Mais revenons à nos moutons, en l’occurrence un Strudel au pavot.

On a toujours peur quand on goûte à quelque chose qui nous a particulièrement marqués, d’être déçus, de se dire qu’on aurait mieux fait de garder ce souvenir au fond de la tête, tel un réconfort les jours de vaches maigres, ou de cantine ; )

Et bien là, non. La pâte aux raisins était délicieuse et le pavot… hummm… Comme il se doit, ni trop sec, ni trop écoeurant… Un vrai régal!!

Me reviennent alors à l’esprit les neiges autrichiennes, la chaleur des boulangeries et des Konditorei, la douceur de sentir une tasse de chocolat bien chaud entre ses mains lorsqu’il fait -15°c dehors… mais également le soleil de Graz en octobre, les couleurs de Prague en mai…

Une véritable nostalgie, qui permet toutefois d’aller de l’avant et donne envie de voyager encore et toujours…