Hommage à Jérôme Robbins au Palais Garnier…

Soirée du 2 novembre 2018 au Palais Garnier

Autant le dire d’emblée, je suis allée voir ce spectacle, dont je connaissais 3 des 4 ballets, pour Afternoon of a Faun… Ce ballet onirique et sensible me plait énormément…

Escalier_Bdef

Une soirée bien agencée il est vrai : Fancy free (1944) pour faire rire et démarrer d’un bon pas, A suite of dances ou la respiration technique et musicale, avant une deuxième partie composée d’Afternoon of a Faun (1953) et de Glass Pieces (1983). Nous étions quatre – deux adultes et deux enfants du même âge – et chacun a préféré un morceau différent… Et comme le mérite n’attend pas le nombre des années, on peut avoir 6 ans et préférer A suite of dances et Glass Pieces, et non Fancy Free ballet a-priori le plus abordable…

Fancy free est un ballet cocasse, aux attitudes exagérées, mais dont le trio de marins constitué d’Alessio Carbone, Paul Marque et Alexandre Gasse, avait parfois du mal selon moi à former un ensemble cohérent. Trois bons danseurs séparément ne font pas forcément un trio convaincant. Face à eux, Dorothée Gilbert était tout en jambes – avec ce jeu si spécifique plein de finesse qui la caractérise – et minauderies, pendant que Valentine Colasante exécutait une danse plus terrienne. Roxane Stojanov poussait les minauderies à l’extrême, dans une danse aérienne.

A suite of dances, solo de Paul Marque sur une musique de Bach, était un chef d’œuvre technique. Un solo magnifique, loin des figures imposées qu’on pourrait craindre pour ce type de ballet. Dommage toutefois que le dialogue avec la violoncelliste n’ait pas été plus abouti. Une façon pour mon fils de découvrir qu’un homme peut danser seul sur scène et réaliser des mouvements magnifiques. Ce fut son ballet préféré de la soirée.

Hommage à Jérôme Robbins_afternoon of a faun

Afternoon of a Faun met en scène un faune danseur, Germain Louvet, qui rencontre une muse, Léonore Baulac. Un couple à la scène dans la droite ligne de Myriam Ould Braham et Mathias Heyman… Une interprétation toute en finesse, avec un faune ravissant aux mouvements fluides et une muse à la danse légère et aérienne, comme un songe… Un poème onirique de toute beauté…

Hommage à Jérôme Robbins_Glass Pieces

Enfin Glass Pieces clôturait la soirée sur une musique de Philipp Glass que je n’aime pas car entêtante jusqu’à l’énervement. Une manière pour mes enfants de découvrir que la danse américaine (mais pas que) permet aux danseurs de marcher sans but apparent, et à Robbins de montrer tout son génie des ballets de groupe… Un ballet dont – hormis la musique- on ne se lasse pas… car selon ma fille de 6 ans « c’est beau toutes personnes qui se déplacent »… ; )

Anne-Laure FAUBERT

Première de la Sylphide à Garnier: aux sources du ballet en blanc

La Sylphide (1832) est souvent considérée comme un ballet fondateur de la danse française. Le livret d’Adolphe Nourrit intègre des éléments romantiques – dépaysement des brumes d’Ecosse, souffrance du héros et rêve d’un idéal inaccessible – la Sylphide – présence du fantastique ( la sorcière Madge) ce ballet introduit surtout le premier « acte blanc » de l’Histoire et Marie Taglioni danse sur pointes en tutu blanc vaporeux. 

J’étais donc très impatiente samedi dernier de le découvrir, et  ce d’autant que Giselle, autre ballet romantique, est un de mes ballets préférés.

Ai-je été déçue? Non, même si Mathieu Ganio s’est « réveillé » pendant le spectacle, un peu indolent au début.

La Sylphide - Lacotte Photo: Anne-Laure Graf

Dorothée Gilbert dansait une Sylphide très féminine, coquette, insistante… Du Dorothée Gilbert tout craché diront d’aucuns. Face à cet être évanescent mais très présent, Mélanie Hurel interprétait une Effie amoureuse et déçue, qui au final accepte comme époux Gurn son amoureux transi, dansé par un Alexandre Gasse présent et volontaire. Quant à la sorcière Madge, un Stéphane Phavorin dégingandé pour l’occasion, elle scelle le destin de la Sylphide en offrant à James un voile maléfique…

Un très beau spectacle – très exigeant techniquement – dont la deuxième partie nous transporte dans un ailleurs onirique, comme dans Napoli de Bournonville (cf mon billet) ou Giselle.

Un ballet qui joue sur les machineries de l’époque pour faire voler les Sylphides.

La Sylphide - Photo: Anne-Laure Graf

Un ballet qui joue également sur de nombreuses références religieuses et culturelles: le départ ailé du corps de la Sylphide porté par ses amies rappelle l’Assomption de la Vierge et le désespoir de James le célèbre tableau de Girodet, Atala au tombeau (1808).

Girodet-Anne-Louis-Atala-au-tombeau

Un ballet qui introduit le star system des danseuses, en la présence de Marie Taglioni dont le père Philippe Taglioni avait créé le rôle sur mesure…

Un classique en somme… au bon sens du terme…