Le musée Pouchkine prend ses quartiers d’hiver à la Fondation Custodia à Paris…

C’est une exposition d’une grande qualité artistique doublée d’une grande rareté que nous invite à découvrir la Fondation Custodia, située près de l’Assemblée nationale à Paris. « Le musée Pouchkine, cinq cents ans de dessins de maîtres » porte bien son nom! En effet, parmi les 27 000 dessins que conserve le musée d’Etat des Beaux-Arts de Moscou ou musée Pouchkine,  cette première rétrospective de plus de 200 œuvres graphiques, pour certaines jamais sorties de ce musée, nous donne à voir les écoles européennes et russes, du XV° au XX° siècles.

unknown document
Rembrandt Harmensz van Rijn (Leyde 1606 – 1669 Amsterdam), Étude d’une femme tenant un enfant dans les bras, vers 1640 Plume et encre brune, rehauts de blanc, 110 × 67mm Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

Le visiteur côtoie alors  des chefs d’œuvres d’artistes très connus comme Dürer, Rembrandt, Carpaccio, Tiepolo, Matisse ou Picasso, et d’autres moins connus en Europe

unknown document
Vladimir Tatline (Moscou 1885 – 1953 Moscou), Un Szlachcic de Pologne, 1913 Aquarelle, lavis d’encre noire, graphite sur carton, 448 × 316 mm Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

et aussi intéressants comme le magnifique Un Szlachcic de Pologne de Vladimir Tatline (Moscou 1885 – 1953 Moscou) à la ligne épurée et vive, ou le touchant Cheval rouge, 1924 de Nikolaï Koupreyanov (Vlotslavsk 1894 – 1933 Moscou).

unknown document
Nikolaï Koupreyanov (Vlotslavsk 1894 – 1933 Moscou), Cheval rouge, 1924 Plume et encre noire, lavis gris, aquarelle, graphite, 265 × 343 mm Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

J’y ai retrouvé avec un plaisir certain les Deux hommes au bord de la mer, 1830-1835 Caspar David Friedrich (Greifswald 1774 – 1840 Dresde), symbole du Romantisme allemand et souvenir, pour le peintre, de mes cours d’allemand;

unknown document
Caspar David Friedrich (Greifswald 1774 – 1840 Dresde), Deux hommes au bord de la mer, 1830-1835 Pierre noire, plume et encre brune, lavis brun (sépia), 234 × 351 mm Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

et découvert un intriguant Portrait d’une jeune femme (La Mousmé), 1888 de Vincent Van Gogh (Groot Zundert 1853 – 1890 Auvers-sur-Oise). 

unknown document
Vincent van Gogh (Groot Zundert 1853 – 1890 Auvers-sur-Oise), Portrait d’une jeune femme (La Mousmé), 1888 Plume métallique, plume de roseau et encre noire, sur un tracé au graphite, 325 × 245 mm Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou

J’ai visité le musée Pouchkine en 2008 et j’ai retrouvé dans cette exposition à la Fondation Custodia la classification du musée. On passe ainsi du dessin du XVI°s avec les Poussin, Rembrandt et Rubens, au siècle des Lumières avec les Fragonard et les David, avant de découvrir les éléments naturels déchaînés ou calmes du Romantisme allemand, la ligne surprenante de Van Gogh et des avant gardes européennes de Matisse et Picasso.

matisse-danse-copyright
Henri Matisse (Le Cateau-Cambrésis 1869 – 1954 Nice), La Danse (Composition no I), 1909 Plume et encre noire, aquarelle, 221 × 320 mm Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou © Succession H. Matisse

Une exposition qui permet également au public parisien de (re)découvrir les dessins des peintres russes Malevitch, Tatline et Kandinsky et des avant gardes russes. Une belle introduction également que cette dernière partie à l’exposition sur l’art du réalisme soviétique annoncé au Grand Palais au printemps de cette année.

 

Anne-Laure FAUBERT

Exposition à la Fondation Custodia – 121 rue de Lille – Paris VII° – Jusqu’au 12 mai 2019

Van Gogh au fil de l’Oise… un pèlerinage culturel à Auvers sur Oise…

Il est des pèlerinages religieux et d’autres culturels… Celui qu’empruntent chaque année des millions de touristes à Auvers sur Oise porte un prénom gravé sur le sol de cette ville « Vincent ».

VanGogh-Auto portrait bleu

Ce prénom est celui du peintre hollandais Vincent Van Gogh, né le 30 mars 1853 aux Pays-Bas et  mort à Auvers sur Oise en 1890.

Deces-089-Tombes Van Gogh couleur

(c) Erik Hesmerg

Le peintre naquit un an jour pour jour après le décès de son frère aîné Vincent dont il voyait la tombe tous les jours. Une situation d’enfant de remplacement qui eut des conséquences sur ses moments de dépression et de folie, jusqu’à son suicide final… Une atmosphère mélancolique et poignante que l’on retrouve à l’auberge Ravoux, où il loua la chambre 5 et où il décéda après s’être tiré une balle dans les champs voisins. La chambre resta non louée depuis, pour cause de superstition.

Lorsqu’on pénètre dans l’auberge Ravoux, on y découvre la table d’André Malraux et cette citation « La culture commence là où il y a de l’émotion ». Pendant les 70 jours que passa Van Gogh à l’auberge il y peignit 80 toiles. Certaines furent distribuées aux personnes présentes lors de l’enterrement et 8 restèrent ensuite à Auvers sur Oise avant de partir au musée d’Orsay. Près de la chambre n°5 (la fameuse chaise peinte par l’artiste est dans la chambre d’à côté) un film nous relate la présence de Van Gogh à Auvers, grâce à sa correspondance avec son frère Théo. Un film triste qui retrace avec justesse l’hypersensibilité de cet artiste (pour le comprendre son musée à Amsterdam est fondamental selon moi).

AubergeRavoux-023-Chambre Van Gogh Ht def.@Joe Cornish

(c)Institut Van Gogh

On retrouve aussi à Auvers sur Oise l’église peinte par l’artiste, ainsi que la maison du docteur Gachet, ami du peintre qu’il considérait comme son frère.

Eglise Auvers - F789-RMN-00-028593

Celui-ci signait ses dessins du pseudonyme de Paul van Ryssel car il venait de Lille et Lille se dit Ryssel en flamand. On trouve dans cette maison une importante collection de dessins ainsi que des caricatures dans la mouvance du romantisme noir.

Collection de la maison du docteur Gachet

(c) Maison du docteur Gachet – Conseil départemental du Val d’Oise. Photographie C. Brossais

Pour ceux qui aimeraient sortir du triptyque dédié à Van Gogh – auberge Ravoux, maison du docteur Gachet et cimetière – et songer à des choses plus gaies, il existe plusieurs musées intéressants:

le musée Daubigny et la maison Daubigny: Charles-François Daubigny (1817-1878) est le premier peintre à peindre à Auvers sur Oise. Il achète et décore sa maison en 1871. Accueillis par l’épouse de l’arrière-petit-fils de Cécile Daubigny, nous apprenons que la maison est habitée normalement. Dans la chambre de Cécile, 20 couronnes de fleurs peintes pour ses 20 ans nous accueillent, ainsi que différentes fables de La Fontaine, peinte également par son père Charles-François Daubigny. Une maison musée délicieusement rétro comme on en voit peu….

Maison-Atelier de Daubigny-Chambre_vueMiroir_1000x667_300dpi-©D&M. Raskin

(c) D&M. Raskin

le musée de l’Absinthe : changement de décor ici puisqu’il s’agit d’un musée privé entièrement consacré à la fée verte. Produite par la société Pernod l’absinthe reste confidentielle de 1805 à 1830, avant de se propager avec la conquête d’Algérie où elle sert notamment à lutter contre les maladies avec ses 72° d’alcool. De boisson chic elle devient populaire avant d’être interdite en 1915 puis d’être permise à nouveau en 2011. Les femmes sur les affiches sont rousses, symbole de libertinage…. Toujours étrange de voir le sexe féminin associé au vice alors que les hommes buvaient aussi de l’absinthe…

Van-Gogh-Absinthe

Son goût anisé rappelle le pastis…

le château d’Auvers sur Oise : ouvert depuis 22 ans autour des Impressionnistes, il connaîtra en 2017 un nouveau tournant avec des travaux pour permettre de répondre aux questions du XXI°s sur la transmission et les réseaux.  Le musée actuel retranscrit à la fois l’ambiance des cafés et le film permet de se rappeler que l’invention de la peinture en tube permit aux Impressionnistes de sortir de leurs ateliers et donc de peindre en plein air. On y apprend également que Baudelaire écrivit au sujet du Déjeuner sur l’herbe de Manet que « la modernité c’est le fugitif, le contingent » et que Pissarro ne peignait « jamais qu’avec les 3 couleurs primaires et leurs dérivés immédiats ».

ChateauAuvers-Jardins Francaise©G.FEY

Une belle escapade culturelle proche de Paris sur les bords de l’Oise…

Notes pratiques :

Chaque année, d’avril à août le « train des Impressionnistes », TER fonctionnant le week-end, est direct de Paris à Auvers sur Oise.