L’histoire de Manon de Macmillan: une fresque belle et cruelle, fidèle à l’esprit du roman

Lundi dernier, le 23 avril, je me trouvais à Garnier pour voir L’histoire de Manon, ballet de Kenneth Macmillan. J’avais déjà vu en janvier la version opéra de Jules Massenet et n’avais pas été convaincue malgré un très bon couple principal ( cf mon billet à ce sujet).

Dans ce ballet, et contrairement à l’opéra, Manon apparaît davantage comme une victime de la convoitise des hommes, et notamment de son frère qui la « vend » à M. de G.M qu’une garce faisant tourner en bourrique des Grieux. Certes elle le fait souffrir, certes elle a du mal, une fois qu’elle revient vers lui, à se débarasser des bijoux offerts par Monsieur de G.M, oui elle les mène à leur perte à tous les 2 en lui donnant les cartes qui lui permettront de tricher et donc de gagner et de fuir… avant de se faire rattraper par M. de G.M. Mais l’amour qu’elle éprouve pour lui est palpable dans leur danse…

Car c’est bien d’un couple qu’il s’agit ici. Et quel couple!! Des pas de deux magnifiques où Aurélie Dupont et Josua Hoffalt incarnent le couple romantique. Aurélie Dupont symbolise la femme « éternelle » avec toutes ses facettes: amour, coquetterie, fragilité, voire folie à la fin de la pièce. Josua Hoffalt, lui, est magnifique, fou amoureux et, quoique bafoué, toujours là. Sa danse sert merveilleusement son personnage.

Jérémie Bélingeard campe un Lescaut, frère de Manon, à la fois cynique et répugnant mais également pauvre pierrot triste lorsqu’il est ivre au deuxième acte.

MacMillan sait rendre toute la complexité de cette époque où la bonne société s’encanaillait dans les maisons closes et où le sort de la femme n’était guère enviable. Le dernier acte en est emblématique, lorsque, dans le port de la Nouvelle-Orléans les prostituées sont maltraitées par le geôlier. La scène dans la chambre de celui-ci est à cet égard insoutenable, tant Manon, affaiblie et fragile, paraît loin des préjugés et des pulsions de cet homme brutal.

Le dernier tableau de cet acte, où les différents protagonistes de la pièce repassent, symbole du passé et de la mort prochaine de Manon, m’ont rappelé un procédé semblable utilisé dans Onéguine. Les deux ballets dégagent la même force dramatique. Une réussite…

Robbins – Mats Ek – 18 mars: une « matinée » moderne et humoristique

Autant le dire d’emblée, j’étais davantage venue pour Jérôme Robbins que pour Mats Ek dont j’aime modérément le côté quotidien voire trivial que souligne sa danse, tout comme son utilisation des pieds flexes.

Dances at a gathering de Jerome Robbins, créé en 1969  pour le New York City Ballet, met en scène dix danseurs, cinq danseuses ( ici Muriel Zusperreguy, Ludmila Pagliero, Nolwenn Daniel, Eve Grinsztajn et Agnès Letestu) et cinq danseurs ( Josua Hoffalt, Pierre-Arthur Raveau, Vincent Chaillet, Christophe Duquenne et Emmanuel Thibault).

Une œuvre sans narration où les couples se croisent, changent, et évoluent au gré des valses et des mazurkas de Frédéric Chopin et sous un ciel bleu très balanchinien.

Une chorégraphie classique, avec parfois des réminiscences de danses d’Europe centrale, parfois des postures plus modernes. Malgré les tutus très simples on se prend à imaginer les mêmes danses dans un décor champêtre comme Giselle ou Onéguine

Une occasion de revoir Josua Hoffalt (en brun) 10 jours après sa nomination. Il y paraissait plus serein que dans La Bayadère, libéré en somme. La possibilité également de voir danser Pierre-Arthur Raveau (en vert) promu sujet au dernier concours interne de l’Opéra en novembre 2011.  Ce genre de morceau permet de découvrir ou de revoir en soliste des danseurs qui, souvent, font partie du corps de ballet. Côté danseuses, Muriel Zusperreguy (en jaune) se distingue, notamment avec Pierre-Arthur Raveau, par une danse légère. Un regret cependant : les trop brèves apparitions d’Agnès Letestu (en vert)

Quant à Appartement de Mats Ek (2000), c’est… spécial…

Dix tableaux s’offrent aux yeux du spectateur, de La salle de bain au Finale en passant par La marche des aspirateurs (tiens c’est étrange, seules des danseuses manient cet appareil ménager…) et surtout La télévision.

Si La salle de bains permet à Marie-Agnès Gillot de montrer tout son talent ( il faut la voir tourner autour du bidet), elle a été pour moi l’occasion de revoir – enfin – danser Nicolas Le Riche que je n’avais pas trouvé à son aise dans Phèdre de Lifar en septembre dernier. Il forme avec Jérémie Bélingard, Audric Bezard et Daniel Stokes un sacré quatuor, violent et puissant qui rejoint la danseuse étoile en criant et se moquant d’elle.

La télévision met en scène un José Martinez (chic il est revenu à Paris pour l’occasion: )) ) hypnotisé par l’écran, élégant couch potato

La cuisine, interprétée par Clairemarie Osta et Jérémie Bélingard, semble mettre en scène un couple banal… jusqu’à la chute finale et cynique, derrière la porte du four…

Appartement m’a également permis de revoir danser Alice Renavand, sublime dans son Grand Pas de deux avec Nicolas Le Riche…

Un ballet qui donne la possibilité aux danseurs de s’exprimer totalement, avec un très beau résultat apprécié du public…