Voyage d’hiver: 17 artistes contemporains dans les bosquets du château de Versailles

Pour sa dixième édition, l’exposition d’art contemporain à Versailles se métamorphose. « Voyage d’hiver » prend ses quartiers jusqu’au 7 janvier 2018 dans les bosquets qui s’ouvrent à plusieurs artistes et dont les œuvres dialoguent avec la lumière de Versailles.

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Œuvre 1 Riddles – Sphinx Otto protecting earth from Humankind – Marguerite Humeau – Bosquet de l’arc de Triomphe

Une manière d’inviter les visiteurs à un voyage immobile et intérieur pendant leur déambulation et de redécouvrir Versailles et son parc sous un jour nouveau.

Une façon également de rappeler que l’art traduit des interrogations qui transcendent les époques et les cultures. Voir dialoguer les sculptures des artistes de Louis XIV avec ces œuvres modernes peut s’avérer magique, intriguer, questionner ou parfois laisser profondément perplexe voire déranger.

 

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Œuvre 3 We gave a party for the gods and the gods all came – John Giorno – Bosquet des Bains d’Apollon

Sculptures, installations sonores, tableaux, drapés, reflets, glaciations sont quelques unes des techniques utilisées pour aiguiser notre œil pendant notre promenade et nous faire prendre conscience de la métamorphose de la nature au fur et à mesure que l’automne puis l’hiver s’annoncent.

 

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Œuvre 9 The Sun – Ugo Rondinone – Char d’Apollon

 

Inspirée de Winterreise de Schubert, cycle de 24 Lieder composé en 1827 un an avant sa mort sur des poèmes de Wilhelm Müller, cette exposition s’inscrit dans la sobriété musicale de l’œuvre par les choix artistiques faits, à l’exception de cette statue mi homme mi chien.

 

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Œuvre 12 Floraisons pour Nollopa – Anita Molinero – Bassin du Miroir

 

Quatre fontaines historiques, placées à l’intersection des principales allées des bosquets, dédiées chacune à une saison, légitiment le sujet de la transformation du monde et de l’homme, selon la théorie des correspondances universelles qui régit le symbolisme de Versailles.

 

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Œuvre 16 – Bruit blanc – Stéphane Thidet – Bosquet de la salle de bal

 

Le Sphinx de Marguerite Humeau ouvre le voyage, interrogeant les voyageurs sur le sens de leur périple, dans la droite ligne de la créature antique mi femme mi bête qui tuait ceux qui ne savaient pas répondre à son énigme.

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Les grenouilles en grands manteaux de Cécile Minard clôturent l’exposition et rappellent que l’hiver les statues du parc sont couvertes.

Anne-Laure FAUBERT

Versailles confidentiel : le potager du Roi, rencontre entre l’histoire et l’horticulture

Versailles attire deux types de visiteurs : les adorateurs du Roi Soleil, qui arpentent sur talons rouges la galerie des glaces, et les admirateurs de Marie-Antoinette, qui versent une larme émue devant le Trianon.
En revanche, on ignore généralement l’existence du potager du Roi. Pourtant, ce jardin, classé monument historique depuis 1921, est indissociable de l’histoire du château, et, plus généralement, de l’histoire du goût aristocratique.
Situé derrière la cathédrale Saint Louis, non loin de la pièce d’eau des Suisses, le potager du Roi s’étend sur neuf hectares. Son principal artisan, Jean-Baptiste de la Quintinie, s’illustra d’abord à Vaux-le-Vicomte, comme la plupart des futurs artisans de Versailles.
C’est en 1678, sous l’apogée du Roi Soleil, qu’il fut chargé de créer le potager du Roi. L’emplacement était si peu favorable que les travaux durèrent cinq ans : il fallut assécher « l’étang puant » préexistant, remblayer le terrain, construire murs et terrasses pour protéger les plantations du vent…
Enfin, on put y cultiver les denrées favorites du Grand siècle : asperges, petits pois, poires, raisins, pêches, melons… et surtout, les figues, dont raffolait Louis XIV, et pour la culture desquelles on alla jusqu’à bâtir une figuerie qui régalait le roi de juin à septembre.
En jouant des diverses expositions, en cultivant sous cloches, La Quintinie obtint, luxe inouï, des primeurs et récoltes à contre-saison : « des fraises à la fin mars, des précoces, et des pois en avril, des figues en juin, des asperges et des laitues pommées en décembre ».
arbre Versailles
Aujourd’hui, un jardinier en marinière aux allures de Pablo Picasso, coiffé du chapeau de paille auquel on reconnaît un bon jardinier, nous fait faire le tour de l’horticulteur.
Comme au XVII° siècle, le jardin s’organise aujourd’hui autour d’un carré central consacré aux légumes, et approvisionné en eau par un bassin circulaire. Basilic, aubergines, tomates, asperges, céleris… plus de quatre cents variétés légumières, récentes comme anciennes, y sont collectionnées.
Autour de ce carré central s’articulent les « chambres » à fruits, qui se caractérisent par la présence de murs couverts d’un enduit terre de sienne, additionné d’un mélange de brique pilée et de charbon de bois. Ainsi, en accumulant la chaleur, ces mortiers favorisent la croissance des arbres fruitiers taillés en espaliers, grande innovation horticole du XVII° siècle. Ici encore, de nombreuses variétés fruitières sont collectionnées. Entre deux conseils de notre guide sur comment réussir sa greffe de poirier sur cognassier, une visiteuse gourmande propose généreusement ses services pour cueillir les pêches provocantes qui se balancent à portée de main.
Le potager du Roi, lieu de modernité horticole au XVII° siècle, s’inscrit toujours dans cet esprit novateur, puisqu’on y pratique aujourd’hui une agriculture biologique : ainsi, les fleurs et les arbres fruitiers sont associés de manière à attirer les insectes indispensables à la pollinisation, des nids à mésanges et des abris à hérissons sont aménagés pour attirer ces alliés redoutables dans la lutte contre les pucerons… Ce parti pris biologique ne compromet pas le rendement du potager : on y récolte chaque année en moyenne 30 tonnes de fruits et 20 tonnes de légumes.
Après un détour par le jardin de rocaille, où le bouleau côtoie l’aucuba japonica, le visiteur passe devant la grille ouvragée, rare subsistance du XVII° siècle, que le Roi Soleil empruntait pour visiter son « Directeur de tous les jardins fruitiers et potagers royaux ». La visite se conclut devant la maison que Mansart construisit pour La Quintinie : « La porte est ouverte, La Quintinie doit être chez lui », plaisante notre guide.
Violaine FAUBERT

Une visite en famille à Vaux le Vicomte…

C’est en présence du copropriétaire des lieux, Alexandre de Vogüé, que nous avons visité de façon privilégiée le château de Vaux le Vicomte début juin. Une visite en famille costumée et un très bon goûter, qui nous ont permis de (re)découvrir le château de Fouquet, son histoire et les différents symboles qui parcourent ses murs.

 

Un château dont je ne me lasse pas et qui m’a semblé étrangement familier…

Vue Vaux le Vicomte Bdef

En 1641, Nicolas Fouquet, jeune parlementaire de 26 ans, acquiert le fief de Vaux-le-Vicomte. Il est nommé Surintendant des Finances en 1653 par le Premier Ministre, le Cardinal Mazarin. Vingt ans plus tard, après avoir réuni sur ce projet l’architecte Louis Le Vau, le peintre-décorateur Charles Le Brun et le jardinier André Le Nôtre, il en fait un chef-d’œuvre unique : le château et le jardin sont parmi les plus beaux de France.

vue du haut bedf

En 1661, il est arrêté par d’Artagnan sur ordre du Roi à qui Jean-Baptiste Colbert assure qu’il a détourné des millions, puis condamné au bannissement puis à la prison à vie par Louis XIV. Vaux-le-Vicomte est alors mis sous scellés et  le roi saisit la quasi intégralité de ce qu’il contient : tapisseries, mobilier, peintures, livres, tapis… jusqu’aux orangers ! Si le château revient dans la famille Fouquet, il est mis en vente en 1705. Il change plusieurs fois de propriétaires avant qu’Alfred Sommier ne l’achète ejuillet 1875. Ce sont ses descendants directs, la famille de Vogüé qui poursuit l’œuvre commencée il y a 140 ans.

Bibliothèque Bdef

Durant cette visite familiale nous découvrons que l’écureuil est l’emblème de la famille Fouquet, et sa devise « Quo non ascendet » (jusqu’où ne montera-t-il pas ?). Nous apprenons également que Colbert est assimilé à un serpent. Les peintures qui ornent certaines salles prennent alors tout leur sens, comme celle ci-dessous, où l’on voit l’écureuil Fouquet s’éloigner du serpent Colbert alors que le lion Louis XIV semble prêt à bondir. 

ecureuil Bdef

Visiter Vaux le Vicomte en famille, c’est aussi découvrir les animations mises en place autour des fables de La Fontaine, grand ami de Fouquet.

vue du jardin de face Bdef

En fonction de l’âge de vos enfants – les miens étaient trop petits pour découvrir la fameuse rivière souterraine – vous pourrez embarquer sur des pédalos en forme de cygne pour une balade énigme sur le grand canal – nous cherchons encore l’animal caché qu’il fallait trouver mais ce fut un beau moment – suivie ensuite d’un tour en Rosalie. Ces jeux, non compris dans le prix du billet d’entrée, sont accessibles les week-ends et les vacances du 29 avril au 5 novembre 2017.

cygnes

Si vous restez le soir pour voir Vaux le Vicomte aux chandelles et le feu d’artifice, qui gagnerait à être plus long,

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Crédits Photo: Yann Piriou

vous croiserez sûrement des personnes costumées – enterrements de vie de jeunes filles, Anglais en goguette ou amateurs de beaux costumes – devisant dans les jardins, comme ce fut le cas au XVII°s.

déguisements

Vous pourrez même pousser plus loin et croiser le célèbre Hercule, redoré par une mécène américaine…

Hercule Vaux le Vicomte Bdef

Anne-Laure FAUBERT

 

L’art et l’enfant au musée Marmottan Monet… de l’enfant sacré à l’enfant profane

Ce n’est jamais l’enfant qui commande le portrait qu’on fait de lui. Cela semble une évidence, mais garder ce constat à l’esprit pendant la durée de l’exposition permet de mieux comprendre l’évolution des mentalités sur cet être longtemps considéré comme un adulte en miniature sali par le péché originel.

Cette exposition inédite retrace ainsi l’histoire du statut de l’enfant du XIV°s au XX°s en France, du Fils de Dieu aux enfants peints par les Impressionnistes.

Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon. MV8499.

Anonyme – Portrait du futur Louis XIV, enfant – xviie siècle

Photo © RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot

On représente en effet d’abord Jésus – mini adulte puis enfant – avant de s’intéresser à l’enfant Roi, appelé à régner et monarque de droit divin. Ainsi lorsque Louis XIV est représenté, ses bijoux royaux (notamment l’ordre du St Esprit) permette,t de le distinguer d’un enfant de la noblesse puisqu’il est peint sans couronne. En des temps où la mortalité infantile est importante, le frère du Dauphin, Philippe de France, est aussi représenté, symbole de la continuité dynastique. Une pérennité familiale que l’on retrouve aussi dans la noblesse comme cette représentation de la famille Habert de Montmor.

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Ecole française 1re moitié du XVIIe siècle, aussi attribué à Philippe de Champaigne

Portrait de la famille Habert de Montmor –  Photo © Château de Sully-sur-Loire

La représentation de l’enfant dans la peinture suit l’évolution de la société: avec les Lumières, l’enfant devient un sujet et l’Etat, l’Eglise et la médecine se penchent sur son berceau. Les enfants qui meurent sont des soldats en moins…

Les femmes sont peintes en train d’allaiter, les hommes représentés comme pères…

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Jacques-Fabien Gautier-Dagoty – IVe tableau représentant la femme enceinte

1740-1785 – Photo © Christian Baraja

Une peinture m’a particulièrement émue – en même temps ma »copine » au Louvre quand j’étais enfant était une peinture de l’école anglaise représentant une petite fille mélancolique – celle de Louise-Marie de Bourbon, fille légitimée de Louis XIV et Marie de Montespan, décédée à 5 ans loin des siens. Sur cette peinture rien ne laisse entendre que le portrait est posthume… si ce n’est la montre arrêtée et la bulle de savon, symbole du caractère éphémère de la Vie…

Mignard Pierre (1612-1695). Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon. MV3624.

Pierre Mignard : Louise-Marie de Bourbon, duchesse d’Orléans, dite Mademoiselle de Tours – Vers 1681-1682

Versailles, Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon

Photo © Château de Versailles, Dist. RMN-Grand Palais / Christophe Fouin

Une section m’a touchée: celle consacrée au XIX°s et notamment aux enfants des milieux défavorisés. Loin des images pittoresques des frères Le Nain au XVII°s, au XIX°s c’est l’enfant du peuple, celui qui travaille et qui dort dans la rue,qui est représenté de façon très réaliste… alors que sur le mur d’en face les enfants de la bourgeoisie jouent paisiblement. Si rien en soi n’a changé – hélas – depuis le Moyen Âge, la fin du XIX°s voit l’émergence de lois visant à lutter contre la maltraitance enfantine dont la prostitution.

Fernand Pelez (1848-1913). "Martyr" ou "Le marchand de violettes". Huile sur toile, vers 1883. Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais.

Fernand Pelez: Un Martyr. Le marchand de violettes – 1885

Paris, Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris – Photo © Petit Palais / Roger-Viollet

De sujet, l’enfant devient également au XX°s le fondement de l’art de certains artistes qui s’inspirent du style enfantin pour leurs œuvres. Ainsi, en 1945, Picasso déclare devant une exposition de dessins d’enfants: « quand j’avais leur âge, je dessinais comme Raphaël, mais il m’a fallu toute une vie pour apprendre et dessiner comme eux ».

Jusqu’au 3 juillet 2016 – L’art et l’enfant chefs d’oeuvre de la peinture française – Cézanne, Chardin, Corot, Manet, Matisse, Monet, Morisot, Renoir, Picasso… Musée Marmottan Monet

Le bosquet du théâtre d’eau du Château de Versailles: un lieu propice à la danse et à la réflexion…

Redessiné par Louis Benech et rythmé par les sculptures fontaines de Jean-Michel Othoniel, le bosquet du théâtre d’eau du Château de Versailles était inauguré ce lundi 11 mai 2015 avec la création O’de du L.A. Dance Project sur une chorégraphie de Julia Eichten.

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Copyright: Anne-Laure Graf

Aucun danseur n’avait foulé les pieds de cet endroit depuis Louis XIV, rappelait justement la Présidente des lieux, Catherine Pégard, et il y avait quelque chose d’historique à être là, par cette belle journée de mai, à contempler des sculptures contemporaines, puis un ballet et enfin la mise en eau des fontaines Les belles danses.

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Copyright: Anne-Laure Graf

Créé entre 1671 et 1674 par André Le Nôtre, puis détruit en 1775, le bosquet du Théâtre d’Eau était en dormance depuis de nombreuses années. En 2009, le château de Versailles décida d’y créer un jardin contemporain respectueux du cadre général du parc de Versailles et de son histoire.  Ce bosquet est donc conçu sur un rythme ternaire et les pas de la « belle danse » inspirent les fontaines, dans un esprit fidèle à Louis XIV.

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Copyright: Anne-Laure Graf

La création interprétée par le L.A. Dance Project reprenait à la fois des pas baroques et d’autres plus contemporains, sur des extraits musicaux de Haendel ou Lully, parfois volontairement arrangés comme cette ouverture répétée de façon continue, comme un faux départ. Dans des costumes d’inspiration baroque, ce ballet avait une force étrange, à la fois naturel, faisant appel à des pas anciens, et moderne par certains pas caractéristiques de notre époque.

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Copyright: Anne-Laure Graf

Un interlude musical et dansé qui rappelait l’importance du dialogue des Arts dans un lieu propice à la réflexion…