Adieux de l’étoile Isabelle Ciaravola dans Onéguine: une soirée magnifique!

Je ne vous ferai pas l’injure de vous retracer l’intrigue du ballet Oneguine de John Cranko d’après le roman de Tchaikovski. J’en ai parlé à plusieurs reprises sur ce blog ici et.

Cette soirée du 28 février avait quelque chose de particulier: l’étoile Isabelle Ciaravola y faisait ses adieux sur le rôle même qui lui avait valu son titre d’étoile en 2009: Tatiana, la jeune femme amoureuse d’Onéguine qui la rejette, avant de s’apercevoir de son erreur alors qu’elle est mariée avec le Prince Grémine.

On décelait chez l’étoile un plaisir immense de danser. Jeune fille en fleur du début, amoureuse éperdue et méprisée… Les différents états d’âme étaient rendus avec une grande force. On sentait que la danseuse ne boudait pas son plaisir.

Onéguine Ciaravola

Hervé Moreau campait un Onéguine distant dans la première partie et perdait en crédibilité: comment tomber amoureuse d’un être aussi froid?

Cette soirée était aussi celle des adieux d’Isabelle Ciaravola. 20 minutes de standing ovation, une pluie d’étoiles sur la scène, de nombreux bouquets… Retour en images.

Adieux Ciaravola

Ciaravola et Moreau

Ciaravola et Moreau Ciaravola

Que retenir de la saison danse 2011-2012?

A l’heure où la saison 2012-2013 a déjà commencé, une vision très subjective en 10 points de ce que je retiens pour la danse de la saison passée:

Côté danseurs:

1 – Revoir Micha (Mikhail Baryshnikov) à Chaillot

2- Les nominations comme étoiles de Josua Hoffalt et Myriam Ould-Braham

3- Mathias Heymann dans La Source de Jean-Guillaume Bart

4 – Marie-Agnès Gillot, Nicolas Le Riche et José Martinez dans Appartement de Mats Ek

5 – Karl Paquette dans Onéguine

6 – Aurélie Dupont et Josua Hoffalt dans Manon

Côté Ballets:

7 – La chorégraphie de La Source par Jean-Guillaume Bart, sublime

8 – Onéguine de Cranko pour la psychologie des personnages et cette très belle fresque

9 – Manon de Macmillan, pour son histoire, la danse, les costumes…

10 – Les étés de la danse et notamment : Revelations d’Alvin Ailey, que j’aime toujours autant et le très sensuel In/Side de Robert Battle

Première du ballet Onéguine: entre passion et honneur…

Hier soir avait lieu à Garnier la reprise d’un ballet entré à l’Opéra de Paris le 16 avril 2009.

Eugène Onéguine est d’abord un roman du grand poète russe Alexandre Pouchkine. Il est à cet égard prémonitoire du sort qui l’attend: Comme Lenski dans Onéguine, Pouchkine meurt jeune dans le duel qui l’oppose à l’officier français d’Antès, accusé de séduire sa femme.

De ce roman sur l’honneur et la vacuité d’un homme, Eugène Onéguine, le chorégraphe sud-africain John Cranko a créé en 1965 un petit bijou de danse classique. Précision pour les mélomanes: aucun élément de l’opéra du même nom de Tchaikovski n’est repris mais des oeuvres du compositeur.

Le premier acte s’ouvre sur le jardin d’une maison de campagne, celle de Madame Larina, où se promènent des jeunes gens. Un décor élégant où va se nouer le début du drame. Un miroir est posé sur la table. Qui le regarde y voit, dit-on, les traits de son bien-aimé. La jeune Olga ( Myriam Ould-Braham) y retrouve ceux de son fiancé, le poète Lenski ( Josua Hoffalt) alors que sa soeur Tatiana ( Aurélie Dupont) y voit ceux d’un inconnu… qui s’avère être un ami de Lenski, Eugène Onéguine ( Evan McKie, artiste invité), tout juste arrivé de St Petersbourg. Celui-ci ne prête guère attention à la jeune femme qui, elle, est troublée. Elle lui écrit, le soir venu, une longue lettre. Dans son sommeil lui apparaît Eugène Onéguine. Un thème cher à Pouchkine que celui du songe, des fantômes, et magnifiquement rendu par la danse. Un pas de deux sensuel en noir et blanc dans la pénombre de la chambre. Un des plus beaux passages du ballet peut-être.

Hélas, lors de l’anniversaire de Tatiana, Onéguine lui rend sa lettre après avoir dansé avec elle. Alors que l’arrivée du prince Grémine (Karl Paquette) est l’occasion pour Tatiana de faire diversion, Onéguine se met à flirter avec Olga, suscitant la rage de Lenski. Des scènes d’une forte intensité psychologique où l’égocentrisme et l’égoïsme d’Onéguine sont montrés – se terminant par une provocation en duel, et plus tard par la mort de Lenski.

Le dernier acte, à St Petersbourg, reprend selon moi dans son décor quelques éléments de l’Ermitage: marbres, lourdes tentures, lustres impressionnants. Plusieurs années après, Onéguine, invité chez Grémine, revoit alors Tatiana, devenue l’épouse de ce dernier. Au milieu des danses, ses souvenirs reviennent… il semble regretter. Mais a-t-il vraiment changé? La dernière scène montre la violence et l’égoïsme de cet homme, qui après avoir écrit à Tatiana, veut – voire exige vu la violence de la danse – qu’elle cède. Une passion partagée mais un honneur à préserver telle semble être la morale de la scène finale…

Un très beau ballet où alternent des pas de deux d’une grande intensité psychologique et des scènes de bal où le corps de ballet semble à son aise. Karl Paquette à qui le rôle de Prince va toujours aussi bien – même s’il reste mal aimé du public. Aurélie Dupont passe avec justesse de la jeune fille romantique à la femme fière, quoiqu’amoureuse, et décidée à préserver son honneur. Evan Mckie, artiste invité, joue parfaitement l’homme blasé par la vie poursuivant une chimère. Josua Hoffalt incarne un poète trop soucieux de son honneur et y perdant sa vie. Myriam Ould-Braham ou la jeune femme inconstante par excellence…

Un drame magnifiquement chorégraphié…