Henri II: La Renaissance au musée de Saint Germain en Laye

Si les amateurs d’art associent davantage le musée d’Ecouen à la Renaissance, ils seront ravis d’apprendre que pour les 500 ans de la naissance du roi Henri II au château de Saint Germain en Laye, de délicats tableaux et des armures rutilantes ont investi le musée. L’occasion également de rappeler au grand public comme à l’esthète éclairé que si Henri II est bien moins connu que son père François Premier, il n’en demeure pas moins un souverain qui marqua son époque.

Atelier de F. Clouet (vers 1515-1572) Henri II, roi de France en 1547 (1519-1559) Photo (C) RMN-Grand Palais (château de Versailles) Gérard Blot

Cette exposition Henri II est tout d’abord l’occasion de rappeler que trois souverains français naquirent à Saint Germain en Laye: Henri II, Charles IX et Louis XIV. Le site était en effet jugé bénéfique pour la santé en raison de la qualité de son air… mais aussi de la forêt propice à la chasse.

L’exposition Henri II replace le souverain dans son époque et dans sa lignée, et permet de se rappeler les alliances matrimoniales qui marquèrent la France: la mère de François Premier est Louise de Savoie et son épouse Claude de France ou la Reine Claude, fille d’Anne de Bretagne. S’il y a peu d’informations sur l’enfance d’Henri II – c’est le deuxième fils de François Ier et il n’est pas destiné à régner, ses amitiés avec Anne de Montmorency, Jacques d’Albon de Saint André et le duc de Guise sont mises en avant. Saint Germain en Laye devient résidence royale lors de son accession au trône et la ville se couvre d’hôtels particuliers où logent les membres de la Cour. On apprend également que la maîtresse du Roi, Diane de Poitiers, a un appartement au château juste en dessous de celui de la Reine, Catherine de Médicis.

Catherine de Médicis, reine de France (1519-1589)- vers 1556 Photo (C) RMN – Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot

Les tableaux de l’exposition sont un régal pour les yeux si l’on aime les parures et la mode, tout comme la section consacrée au « Monde des enfants » où l’on découvre que Marie Stuart, promise au futur roi François II, arrive d’Ecosse pour vivre avec les enfants d’Henri II.

Bourguignotte du roi Henri II Photo (C) Paris – Musée de l’Armée – Distr RMN-Grand Palais/ Philippe Fuz

Ce souverain est également soucieux de laisser sa marque et fait installer une manufacture à Saint Germain en Laye afin d’avoir des verres de la qualité de ceux de Murano. Il unifie la monnaie, afin d’éviter les contrefaçons mais aussi de marquer son règne avec son effigie, et offre à la ville de Saint Germain en Laye qui manque d’eau des fontaines, dotées d’obélisques recouverts d’une couronne, geste déclamatoire d’offrande à la population.  Henri II meurt des suites d’une blessure infligée lors d’un tournoi, le 10 juillet 1559, à l’âge de 40 ans.

Anne-Laure FAUBERT

Musée de Saint Germain en Laye jusqu’au 14 juillet 2019

Dans l’intimité de la collection d’Adèle de Rothschild…

Vendredi 7 juillet 2017 nous avions rendez-vous à l’Hôtel Salomon de Rothschild pour une visite du cabinet de curiosité de la baronne Adèle de Rothschild.

Fa+ºade sur cour de l'H+¦tel Salomon de Rothschild -® FNAGP (4)
®FNAGP

Une avant-première pour un cabinet tout juste ouvert au public, pour des petits groupes cet été, puis sur rendez-vous pour des particuliers à partir de septembre.

Un hôtel particulier situé dans le VIIIe arrondissement sur l’ancien emplacement de la Folie Beaujon à l’initiative de la baronne entre 1874 et 1878.

A la mort de son mari – et cousin car Adèle est une Rothschild par naissance et mariage – en 1864 alors qu’il n’a que 29 ans et après seulement deux ans de mariage, Adèle de Rothschild décide ainsi de lui rendre hommage. Elle va y vivre jusqu’à sa mort, d’abord aux côtés de sa fille Hélène, puis seule, entourée d’une quarantaine de domestiques. On sait peu de choses de sa vie. Elle est riche, veuve et ne se remarie pas. C’est ici qu’elle va conserver et étendre l’immense collection d’art que son mari avait entamé. Les trésors qu’elle recèle sont dispersés dans plusieurs grands musées français (Le Louvre, Cluny, Ecouen…). A sa mort la baronne lègue son hôtel à l’Etat, en spécifiant dans son testament que le cabinet de curiosité devra rester intact, comme un témoignage posthume de son goût pour l’art.

Escot, Portrait de la baronne de Rothschild -® Barnab+® Moinard_FNAGP

CHARLES ESCOT, Portrait de la baronne Adèle de Rothschild, 1868, Pastel. © Barnabé Moinard/ FNAGP

En groupe de 10 personnes maximum, nous pénétrons dans un lieu qui ressemble à un mausolée, une crypte. L’impression de se trouver dans un lieu de culte est renforcée par la présence de vitraux anciens aux murs. La pénombre règne, armés de nos lampes de poche nous partons à la découverte des trésors qui s’y dissimulent.

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Vue de l’intérieur du cabinet de curiosités de l’Hôtel Salomon de Rothschild © Barnabé Moinard/ FNAGP

Il est rare d’entrevoir une telle profusion artistique, dans un espace aussi restreint. La pièce ne fait qu’une trentaine de mètres carrés, pourtant on peut y contempler quarante siècles d’histoire. Aux cotés d’un marbre de Rodin on trouve les vestiges d’une statue romaine.

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Tout est surprenant, précieux, extraordinaire. Au centre de la pièce trône un bureau Mazarin en marqueterie. On s’arrête devant une céramique émaillée, la conférencière nous explique qu’il s’agit probablement d’une œuvre de Della Robbia. Une vitrine entière est consacrée à la collection de porcelaines françaises de la baronne. Outre ces œuvres européennes, on admire aussi un certain nombre d’objets plus exotiques : une statue de Bouddha sculptée dans un seul bloc de jade, des vases iraniens, des armes turques, et surement le plus étonnant, deux vases chinois décorés de plumes de martin-pêcheur.

Portrait du baron Salomon de Rothschild, R1537 -® FNAGP
Portrait du baron Salomon de Rothschild © / FNAGP

Mais qu’est ce qu’un cabinet de curiosité? Concept apparu en Europe au XVIe siècle, il ressemblait des objets aux provenances et typologies hétéroclites évoquant la richesse, la beauté et la diversité du monde.

Au delà du précieux témoignage historique et artistique c’est aussi l’aspect intime de ce lieu qui nous touche. En pénétrant au sein de ce cabinet, on entrevoit la vie privée de la baronne qui, paraît-il, aimait s’y recueillir en fumant des cigares et en buvant du whisky. Cette femme veuve à 22 ans, consacra sa vie aux artistes et joua un rôle de mécène pour beaucoup d’entre eux.

Cette vocation est poursuivie aujourd’hui par la Fondation Nationale des Arts Graphiques et Plastiques (FNAGP) qui regroupe le legs de la baronne de Rothschild aux côtés de celui des sœurs Smith-Champion dans une fondation ayant pour but de soutenir les artistes tout au long de leur vie. Ces « trois fées » qui ne se connaissaient pas veillent sur le berceau de la Fondation. Créée en 1976 à l’initiative de Bernard Anthonioz, elle dirige son action autour de quatre pôles : les aides aux projets d’artistes (sous la forme de bourses de soutien), les ateliers d’artistes situés à Nogent-sur-Marne, les expositions au sein de la Maison d’Art Bernard Anthonioz et la maison nationale des artistes (maison de retraite pour les artistes). Ainsi le souhait de la baronne, qui voulait associer le nom de son mari (et le sien) à l’art a été réalisé.

Hôtel Salomon de Rothschild – 11 rue Berryer – Paris VIIIe

Anne-Laure FAUBERT et Alice PAILLAT