Forsythe / Brown à Garnier: retour sur la Première du 3 décembre

Si je ne devais retenir qu’une pièce de la Première de lundi ce serait  O Zlozony / O composite de Trisha Brown…

Sur un poème polonais Ode à un oiseau du Polonais Milosz, trois danseurs (Aurélie Dupont, Nicolas Le Riche et Jérémie Bélingard) évoluent tout de blanc vêtu. Le décor est quasi inexistant: seul un fond étoilé se détache. Les danseurs étoiles y réinventent un alphabet du mouvement dont se dégage une certaine sérénité. Un effet peut-être trop apaisant pour la jeune Maman balletomane que je suis… Il n’empêche, cette ode risque de rentrer dans mes ballets contemporains préférés, avec Kaguyahimé de Kylian et Caligula de Le Riche…. Tous 3 ont un lien avec la lune ou le blanc ; ))

Les trois ballets de Forsythe, le très célèbre In the middle, somewhat elevated, Woundwork 1 et Pas./Parts sont l’occasion de revoir en individuel certains danseurs comme Sébastien Bertaud et Aurélien Houette… et de retrouver Marie-Agnès Gillot qui a revêtu à nouveau ses habits de danseuse…Si la musique électronique du Hollandais Thom Willems m’a parfois cassé les oreilles comme dans Woundwork 1, les chorégraphies entremêlent constructions géométriques et légèreté. In the middle… surprend par la violence de la musique, Woundwork 1 est sublimé par l’interprétation des danseurs étoiles ( Agnès Letestu, Hervé Moreau, Isabelle Ciaravola et Nicolas Le Riche). Quant à Pas. / Parts si je n’en ai pas compris la logique j’ai pu en admirer la beauté des gestes… ou l’essence de la danse

En conclusion, une belle soirée dont se dégage une étrange beauté moderne… mais dont quelques jours plus tard je ne retiens surtout que la poésie de Trisha Brown…

L’histoire de Manon de Macmillan: une fresque belle et cruelle, fidèle à l’esprit du roman

Lundi dernier, le 23 avril, je me trouvais à Garnier pour voir L’histoire de Manon, ballet de Kenneth Macmillan. J’avais déjà vu en janvier la version opéra de Jules Massenet et n’avais pas été convaincue malgré un très bon couple principal ( cf mon billet à ce sujet).

Dans ce ballet, et contrairement à l’opéra, Manon apparaît davantage comme une victime de la convoitise des hommes, et notamment de son frère qui la « vend » à M. de G.M qu’une garce faisant tourner en bourrique des Grieux. Certes elle le fait souffrir, certes elle a du mal, une fois qu’elle revient vers lui, à se débarasser des bijoux offerts par Monsieur de G.M, oui elle les mène à leur perte à tous les 2 en lui donnant les cartes qui lui permettront de tricher et donc de gagner et de fuir… avant de se faire rattraper par M. de G.M. Mais l’amour qu’elle éprouve pour lui est palpable dans leur danse…

Car c’est bien d’un couple qu’il s’agit ici. Et quel couple!! Des pas de deux magnifiques où Aurélie Dupont et Josua Hoffalt incarnent le couple romantique. Aurélie Dupont symbolise la femme « éternelle » avec toutes ses facettes: amour, coquetterie, fragilité, voire folie à la fin de la pièce. Josua Hoffalt, lui, est magnifique, fou amoureux et, quoique bafoué, toujours là. Sa danse sert merveilleusement son personnage.

Jérémie Bélingeard campe un Lescaut, frère de Manon, à la fois cynique et répugnant mais également pauvre pierrot triste lorsqu’il est ivre au deuxième acte.

MacMillan sait rendre toute la complexité de cette époque où la bonne société s’encanaillait dans les maisons closes et où le sort de la femme n’était guère enviable. Le dernier acte en est emblématique, lorsque, dans le port de la Nouvelle-Orléans les prostituées sont maltraitées par le geôlier. La scène dans la chambre de celui-ci est à cet égard insoutenable, tant Manon, affaiblie et fragile, paraît loin des préjugés et des pulsions de cet homme brutal.

Le dernier tableau de cet acte, où les différents protagonistes de la pièce repassent, symbole du passé et de la mort prochaine de Manon, m’ont rappelé un procédé semblable utilisé dans Onéguine. Les deux ballets dégagent la même force dramatique. Une réussite…