Le chocolat Eynard, ivoirien et français depuis 1962…

C’est un carton qu’on ouvre avec un mélange d’excitation et d’inquiétude… Et si le goût avait changé, et si les souvenirs l’avaient magnifié… et si j’allais être déçue…

 

Le chocolat Eynard a bercé mon adolescence en Côte d’Ivoire. On l’achetait à Cocody en belles tablettes bleues pour le chocolat au lait et lors de mon départ définitif en 1999, j’en ai acheté des kilos dont j’ai fourré mon djembé qui me servait de bagage à mains. C’était l’époque où la taille des bagages à main était moins contrôlée et où on pouvait mettre des liquides et confitures – des confitures à l’ananas tenaient en l’occurrence compagnie à mon chocolat ; ) – sans aucun problème. Le tam-tam a survécu à ce traitement et le chocolat et la confiture ont été mangés. J’ai depuis à plusieurs reprises demandé à des amis se rendant à Abidjan s’ils pouvaient me ramener du chocolat Eynard. Il semblait manifestement introuvable.

 

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Mais revenons-en au chocolat Eynard de 2018. Première surprise : le packaging a totalement changé. Marron et plus brut, il évoque selon moi l’Afrique et sa terre rouge et brûlée par endroits, et le côté artisanal du Moulin du Cacao, nom de la société. Un emballage simple et cohérent avec les valeurs d’authenticité de la maison, mais qui gagnerait à être plus haut de gamme vu la qualité des chocolats et l’importance du packaging de nos jours. Car aucune déception en dégustant ce chocolat toujours excellent… et authentique…

 

La famille Eynard a cette rare particularité de maîtriser toute la filière du chocolat, du volet botanique et agronomique, des plantations de Côte d’Ivoire et Afrique de l’Ouest (sélection des meilleures cabosses de variété Forasteros), jusqu’au produit final agro-alimentaire. Un chocolat d’exception 100% pur beurre et pâte de cacao originaire de Côte d’Ivoire depuis 1962. A l’heure des scandales alimentaires ces données ont leur importance.

Pour les habitants du Sud de la France, la boutique est à Venelles dans les Bouches du Rhône, sinon l’achat se fait en ligne…

Un chocolat à mettre sous le sapin pour petits et grands : )

Anne-Laure FAUBERT

 

 

Déviations à Clermont-Ferrand… le textile comme message social ou politique

Métamorphoses, Renaissance, Rebelles, Déviances… tels sont les thèmes du festival international de textiles extra ordinaires de Clermont-Ferrand créé en 2012 et qui se tient en France tous les 2 ans et à l’étranger toutes les années paires. Un événement unique en Europe, et qui à première vue peut surprendre.

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Pendant une semaine, en septembre, il a permis à des artisans, designers, créateurs de mode, collectionneurs, décorateurs et acteurs de l’industrie du textile de se rencontrer et de proposer aux habitants et visiteurs des œuvres innovantes, dérangeantes, belles… qui nous interrogent sur notre quotidien et notre rapport au textile. Ce festival montre des pièces hors-série anciennes et contemporaines créées pour le festival ou montrées une seule fois en France pour le FITE.

Pour cette édition, le musée Bargoin de Clermont Ferrand présente l’exposition centrale du festival, Déviations, jusqu’au 6 janvier 2019 tandis que le festival en lui-même avait investi la ville de Clermont Ferrand, ses jardins publics, ses rues, ses monuments… du 18 au 23 septembre 2018.

Le mot « Déviations » nous invite à faire un pas de côté, réfléchir à nos actes, transgresser, casser les codes, nous interroger sur la norme et le hors-norme, notre envie d’émancipation par rapport au groupe et de l’identité, mais nous élève également par l’ineffable qui se dégage des créations. Ce sont ces différentes façons d’interpréter le mot « Déviations » que l’on retrouve dans les 90 œuvres textiles à travers 4 thèmes : la transgression, la circulation, le carambolage et la transcendance. La transgression amorce en effet le processus de déviation, initie un mouvement d’où peuvent jaillir des carambolages avant de nous emmener vers l’indicible: la transcendance.

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Il en résulte des œuvres fortes, dérangeantes parfois, colorées… Toute la richesse de la création dans des tissus sortant de l’ordinaire. Ainsi, nous sommes interpellés sur les mariages forcés par ces armes en dentelle, par le sort de ceux qui n’ont rien avec ces sacs à rayures dits sacs Barbès en France, mexicains aux Etats-Unis…

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Nobubkho Nqaba: Umaskhenkethe Likhaya Lam – 2012

Le Radeau de la méduse, oeuvre de Géricault, est repris et détourné par Alexis Peskine pour rappeler l’histoire des migrants qui quittent leur pays et traversent la mer au risque de leur vie.  Les oeuvres qui en découlent – Medusa et Baana Banalisé nous interrogent sur les symboles de la liberté, flagrant dans la pose de cette femme et les Tours Eiffel qui entourent les deux modèles. Espoir vain? Liberté dévoyée? Telles sont les questions qui nous sont posées en filigrane.

 

Alexis Peskine_Medusa et Baana banalisé
Alexis Peskine: Medusa et Baana banalisé

A contrario les couleurs colorées du Wax et de la sape nous emmènent dans des ailleurs en apparence joyeux et insouciants, avant de réaliser que la sape est un mouvement vestimentaire né en réaction à la colonisation française.  La mode comme déviation à la norme établie…

Trio Wax
Eloi Sessou: tenues de cocktail, bijoux

Des déviations poétiques, oniriques… ou intellectuelles qui nous amènent à réfléchir…

 

Anne-Laure FAUBERT

Musée Bargoin de Clermont-Ferrand – Déviations – Jusqu’au 6 janvier 2019