The King and I: un chassé croisé amoureux…

Soirée du Vendredi 20 juin – Livret de Oscar Hammerstein II, musique de Richard Rodgers, chorégraphie originale de Jerome Robbins, direction musicale: James Holmes – Nouvelle production du théâtre du Châtelet

Je suis sortie du théâtre du Châtelet en me disant que c’était la seule salle qui proposait à la fois des spectacles grand public de qualité, des ballets (les étés de la danse) et des spectacles étrangers pointus: Jiuta, Le Pavillon des pivoines en 2013 (cf ce billet)…

Genre décrié en France, la comédie musicale permet de faire passer certains messages en douceur. 

The King and I est une histoire vraie, celle d’une jeune veuve galloise Anna Leonowens, recrutée par le roi de Siam en 1862 pour enseigner à ses – nombreux -enfants l’anglais, la géographie et les manières occidentales. Le roman Anna et le roi de Siam écrit par Margaret Landon et publié en 1944 en reprend quelques éléments. Le musical de Broadway en 1951 est un succès.

Groupe - The King & I - Anne-Laure Graf

Dès le début, le ton est donné: Anna (Christine Buffle) est une femme de caractère qui exige du Premier ministre du Siam que l’accord passé entre le Roi et elle, à savoir avoir sa maison en dehors du palais, soit respecté. Lorsqu’elle rencontre le Roi (magnifique Lambert Wilson) elle réitère sa demande.

Le choc des cultures est violent, entre une jeune femme de l’époque victorienne toute corsetée, féministe avant l’heure, et un Roi despote habitué à ce qu’on lui cède ses moindres désirs, acceptant en cadeau du Roi de Birmanie, une jeune femme Tuptim (Je Ni Kim). La présentation de ses enfants, non pas les 67 mais ceux de ses épouses préférées à qui Anna devra faire cours, m’a fait songer à la conférence de Françoise Héritier (cf ce billet) sur la fabrication de deux castes; la première, masculine, pensant que tout lui est dû, la seconde, féminine, habituée à être au second rang. Alors que les filles du souverain avancent avec respect et se retirent la tête baissée, le Prince héritier, Chulalongkorn, arrive en conquérant et oblige Anna à s’incliner devant lui.

La pièce fait réfléchir au bonheur, à la définition de l’amour… Si elle n’évite pas quelques clichés – le Siam doit être occidentalisé et ne peut recevoir que des enseignements positifs de la Grande-Bretagne, elle permet de confronter deux visions du monde, l’une où la femme est un être inférieure et l’autre où homme et femme sont complémentaires. Une réflexion qui reste d’actualité aujourd’hui…

The King and I - Anne-Laure Graf

Cette comédie est magistralement interprétée, qu’il s’agisse des scènes de groupe ou des moments plus intimistes. La représentation de la Case de l’Oncle Tom est à mourir de rire, entre déformation des noms américains, omniprésence des danses et gestuelles asiatiques et miracle opéré par Bouddha. La polka endiablée entre le Roi et Anna est un très beau duo amoureux… L’humour est au rendez-vous, notamment dans la lutte entre ces 2 personnages, entre remarques perfides et jeu sur la position du corps, personne ne devant être plus haut que le Roi… même lorsqu’il est allongé…

Informations pratiques: Théâtre du Châtelet jusqu’au 29 juin 2014.

Nouvelle édition des Etés de la danse: à vos agendas!

Je vous avais déjà parlé l’an dernier des Etés de la danse, manifestation que je suis régulièrement depuis 2009.

Je vous avais notamment expliqué en quoi cela consistait dans Les étés de la danse « pour les nuls« . Je pense d’ailleurs que de nombreux touristes seraient ravis que ce genre d’initiative se développe dans d’autres lieux et d’autres pays, afin d’avoir des spectacles de qualité à se mettre sous la dent pendant les congés d’été…

La nouvelle édition se déroulera au Théâtre national de Chaillot puis au théâtre du Châtelet et accueillera également des compagnies américaines, en l’occurrence la Paul Taylor Dance Company (du 19 au 28 juin) et l’Alvin Ailey American Dance Theater  (du 25 juin au 21 juillet).

J’avais pu découvrir une pièce de Paul Taylor l’an dernier,  Promethean Fire  sur le 11 septembre et je n’avais pas vraiment accroché… Ce qui ne m’empêchera pas d’y retourner cette année, ne serait-ce que pour espérer voir le chorégraphe. On le dit présent aux deux dernières représentations, celles des 27 et 28 juin…

Francisco Granciano (c) Jordan Matter Photography

Francisco Granciano (c) Jordan Matter Photography

Les 13 ballets représentés sont les suivants:

  • Aureole (1962)
  • Big Bertha (1970)
  • Esplanade (1975)
  • Cloven Kingdom (1976)
  • Mercuric Tidings (1982)
  • Roses (1985)
  • Syzygy (1987)
  • Brandenburgs (1988)
  • Company B (1991)
  • Piazzolla Caldera (1997)
  • Beloved Renegade (2008)
  • The Uncommitted (2011)
  • Gossamer Gallants (2011)

N’en connaissant aucun, je ne me prononcerai pas sur le sujet… Voir sur le site des étés de la danse pour le détail des soirées.

Concernant la deuxième compagnie, l’Alvin Ailey American Dance Theater, je l’avais découverte lors d’une précédente édition des Etés de la danse et j’avais A-DO-RE Revelations, leur pièce « signature » tant pour les negro spirituals, la chorégraphie et les costumes blancs ou jaunes inspirés de la Louisiane… Bref, j’y retourne les yeux fermés…

Les 15 ballets présentés sont les suivants:

•    3 ballets d’Alvin Ailey : Night Creature, Revelations, Streams

•    3 ballets de Robert Battle : In/Side, Takademe, The Hunt

•    1 ballet de Judith Jamison : Love Stories avec Robert Battle et Rennie Harris

•    3 ballets d’Ulysses Dove : Episodes, Urban Folk Dance, Vespers

•    1 ballet de Camille A. Brown : The Evolution of a Secured Feminine

•    1 ballet de Rennie Harris : Home

•    1 ballet de Ohad Naharin : Minus 16

•    1 ballet de Paul Taylor : Arden Court

•    1 ballet de Joyce Trisler : Journey

Voir sur le site des étés de la danse pour le détail des soirées.

Micha on t’aime!!! ou Les étés de la danse acte 2

Alors que le temps fait grise mine et qu’à Paris l’été semble déjà loin, Les étés de la danse entament leur seconde partie ce jeudi.

J’avais déjà parlé de cette manifestation sur ce blog, dont j’avais vu deux spectacles en juillet.

J’avoue que j’attends la venue de Mikhail Baryshnikov avec une réelle impatience de groupie, osons le mot.

Mais qui est donc Micha – pour reprendre à la fois le surnom russe de ce danseur et la façon dont l’appelait lors de mon séjour new yorkais une New Yorkaise en charge d’une agence de communication travaillant notamment avec les compagnies de danse? Un des plus grands danseurs du XX°s encore vivant…. 

Micha a un parcours qui pourrait ressembler à celui de Noureev, en moins tapageur.

Comme lui, il est d’origine russe, quoique letton et non Tatar comme Noureev (1938 -1993). Né en 1948, Micha rentre au Kirov en 1967, comme Noureev l’avait fait en 1959. Ils passent tous les deux à l’Ouest, mais d’une façon moins médiatique pour Micha. Star de l’American ballet theatre  à New York (1974-1979), le danseur se fait aussi acteur de 1977 à 1985 et photographe. Il fonde en 2000 le White Oak Dance Project qui permet de faire connaître les chorégraphes contemporains.

Cet éclectisme se retrouve dans le programme d’In Paris, adapté du roman A Paris d’Ivan Bounine (1870 – 1953). Un mélange de théâtre, de danse, de musique et de vidéo pour narrer l’amour de deux émigrés russes à Paris dans les années 1930. L’homme est un ancien général de l’Armée blanche russe, la femme une jeune femme beaucoup plus jeune.