Giverny: des fleurs (et des visiteurs) à profusion

Que faire un dimanche de printemps quand il fait beau? Aller à Giverny pardi!!

En fait cela faisait plusieurs années que je voulais y aller…

Premier choc: le nombre de groupes, des retraités anglosaxons notamment, se suivant à la queuleuleu selon le chiffre du groupe. Dans le genre romantique et bucolique, on peut mieux faire… J’avais l’impression de me retrouver dans un musée comme devant la Joconde au Louvre, mais à ciel ouvert: la foule était vraiment dense.

Deuxième choc, positif celui-ci: un jardin de toute beauté.

Une profusion de roses, d’iris, mais aussi d’azalées plantées en commémoration par une ville japonaise dans les années 1980.

La vue sur l’étang permet d’apprécier l ‘art de Monet. Malheureusement les nénuphars n’étaient pas en fleurs, ce qui donnait à cette étendue d’eau un air un peu triste.

Expo Monet: rentabilité et démocratisation

Le Monde d’hier , en mentionnant un chiffre de 920 000  visiteurs, inscrit la rétrospective Monet dans la cour des grandes expositions: c’est la deuxième exposition ayant attiré le plus de visiteurs en France après Toutankhamon et son temps, en 1967 au Petit Palais. Mais cette-dernière avait duré près de sept mois (contre 3 mois pour Monet) pour un total de 1,2 millions d’entrées. En outre, les bénéfices de l’exposition avaient servi à la sauvegarde du temple d’Abou-Simbel, en Égypte, menacé de disparition par la mise en place du barrage d’Assouan.

Au delà des chiffres et de la manière de compter – par exemple y étant allée 4 fois, ai-je été comptée 4 fois ou une? à l’entrée (où ma carte ne fonctionnait pas) ou à la sortie? –  deux questions se posent : démocratisation et rentabilité.

Programmer Monet, ou une des 8 autres expositions (hors Toutankhamon) ayant rencontré le plus de succès comme celles sur Renoir, Manet, Lautrec et Gauguin répond à une double stratégie:

Rentabilité : ces expositions concernent, comme le rappelle Le Monde, un seul siècle – du milieu du XIXe au milieu du XXe et s’inscrivent dans la « voie royale » : impressionnisme, postimpressionnisme, avant-gardes jusqu’à Kandinsky. Ces peintres nous sont familiers, qu’ils aient été reproduits sur des puzzles, des boites à gâteaux ou dans des manuels de classe. C’est donc l’occasion de faire salle pleine.

Démocratisation: qu’on le veuille ou non, la culture reste quelque chose de socialement distant où l’éducation joue un rôle important. C’est en traînant un enfant ou un ado dans les musées qu’on le sensibilise – ou non- à l’art. Même si sur le coup il s’ennuie, il saura par la suite que ce monde existe et au lieu de passer son samedi à errer dans les centres commerciaux, ira peut-être voir une comédie musicale, une expo… Mais pour y être sensibilisé, encore faut-il qu’il puisse voir des oeuvres qui lui « parlent ».  Ces expositions « grand public » jouent pour moi notamment ce rôle.

Contrairement à certains qui défendraient un accès élitiste à la culture, je pense que ces expositions- tout comme les grands ballets ou opéras que sont Le lac des cygnes, Tosca, Carmen… – sont nécessaires pour 2 raisons au moins:

– emmener le plus de monde à la découverte de l’art, ce supplément d’âme qui nous transcende

– permettre par les bénéfices engrangés de continuer à monter des expositions plus « pointues », des ballets ou des opéras moins connus qui seront probablement déficitaires.

Sans que l’un ne se fasse au détriment de l’autre…

Ces réflexions valent en outre pour les expositions, moins pour les opéras, comédies musicales et ballets. En effet, plus une pièce est classique, plus son prix sera élevé (effet rentabilité), empêchant à tout un chacun d’y accéder. En revanche, une pièce moderne sera souvent l’occasion de réductions afin de remplir la salle (cf mon billet sur Mathis le peintre, mais également les offres récentes de l’opéra de Paris pour le ballet Caligula)…

Retour sur la rétrospective Monet au Grand Palais

Dans un précédent billet, j’avais parlé de mes impressions à la sortie de cette exposition.

On y sentait, entre les lignes, une certaine perplexité. J’étais restée sur ma faim.

J’ai donc décidé d’après-midi dimanche dernier. Le monde y était déjà moins nombreux, les têtes avaient enfin laissé place aux tableaux dans les premières salles.

Cette exposition a, selon moi, le mérite de retracer la carrière, longue et souvent réduite aux meules de foin, à la cathédrale de Rouen, et à la jeune femme à l’ombrelle, du peintre.

De ses premiers tableaux, dans la veine de l’école de Troyon, aux prémices de l’abstraction, que de chemin parcouru!

Matinée sur la Seine, Claude Monet, 1897<br />  Mead Art Institute, Amherst College, Massachusetts

Au rez de chaussée, deux vues de la Seine dans les tons violets, permettent de voir la différence de traitement d’un même thème.

Si le tableau de droite est peinte de façon nette, celui de gauche, ressemblant à celui ci-contre, laisse place à la fantaisie, au rêve : les arbres deviennent quasiment irréels, l’eau reflète mille reflets.

La dernière salle, et notamment ses deux tableaux ronds encadrés, me font penser par la délicatesse des couleurs à la sensualité des tableaux de Fragonard, alors même que les sujets diffèrent complètement, nénuphars versus jeunes femmes.

Cette fois-ci, je suis conquise! A quoi tient l’appréciation d’une exposition parfois!

Claude Monet au Grand Palais : une redécouverte…

Une fois n’est pas coutume, je vais parler d’une exposition avant ses derniers jours ; )

Premier conseil d’ami : même si vous êtes quelqu’un de très cultivé, allez-y avec un minimum de bagage culturel car point de tableau récapitulatif à l’entrée. On rentre dans le vif immédiatement. 

Deuxième conseil : évitez le vendredi soir et le week-end. On n’arrive pas à voir les premières salles (sauf si on vous laisse rentrer avec des échasses, mais ça c’est pas gagné).

Troisième conseil : surtout prenez votre temps! L’exposition est grande, comme toutes celles du Grand Palais, et très riche. Il faudrait pouvoir « se rincer l’oeil ».

J’ai mon petit horaire préféré, surtout en automne-hiver, depuis les 10 ans –  le début de mes études – que je fréquente les Galeries du Grand Palais. Mais je n’en dirai rien….

Rentrons maintenant dans le vif du sujet.  Comme toutes les expositions qui se veulent grand public – sans sens péjoratif (je suis contre une culture réservée à une « élite »),  on retrouvera les grands tableaux de Monet  : les meules, les nymphéas, la cathédrale de Rouen…. Que l’on revoie d’ailleurs avec un certain plaisir. 

On y découvre également d’autres oeuvres plus intimistes : La mort de Camille (glaçant de justesse), des natures mortes (je préfère celles de Chardin), des marines… 

Le parti pris du conservateur ne semble pas évident, contrairement à une autre exposition s’étant tenue en septembre à paris: Monet aux origines de l’abstraction au musée Marmottant-Monet, où la filiation entre les dernières toiles de Monet, notamment les derniers Nymphéas,  et les artistes américains des années 1950 constitue le fil conducteur de l’exposition.

On est surpris par certains tableaux, comme celui mis en illustration. On avait oublié cette partie assez classique de Monet, loin de l’impressionnisme triomphant.

On reste un peu sur sa faim toutefois : l’expo est magnifique, mais le fil conducteur peu apparent. Car contrairement à ce que veulent nous faire croire les RH en nous mettant dans des cases professionnelles, une vie humaine n’est pas linéaire. Elle est pleine de richesses, de questionnements, de remises en cause, de retours vers un classicisme à l’automne de sa vie.

Cette exposition le démontre bien.