Une histoire du monde en 100 objets du British Museum au musée de Valenciennes : une exposition reflet de l’histoire de l’humanité

Construit en 1904 grâce à une loterie nationale, le musée de Valenciennes accueille jusqu’au 22 juillet 2018 l’exposition itinérante « Une histoire du monde en 100 objets du Bristish Museum », première escale européenne de celle-ci depuis sa création en 2014. Emanation d’une commande municipale – une « exposition très grand public » – celle-ci permet de démocratiser l’art grâce à ces chefs d’œuvre mis en valeur par une scénographie bleue nuit. Une exposition de toute beauté à découvrir de toute urgence, tout comme les collections permanentes du musée.

Guerriers amérindiens_1enviedailleurs.com

L’exposition suit un parcours chronologique et montre l’évolution de l’humanité, tant au niveau global qu’individuel. L’histoire humaine se développe à travers son rapport aux objets qui font réfléchir, interrogent, enchantent ou amusent ; ils racontent des histoires. Ils révèlent nos différences et nos points communs entre notre monde moderne et les cultures du passé. De nombreux aspects de nos modes de vie actuels sont nés il y a plus de 4500 ans, avec notamment le passage de l’agriculture sédentaire à la création des grandes cités et des Etats.

Sarcophage_1enviedailleurs.com

L’exposition débute par une pièce de toute beauté, le sarcophage de Nesperennub (-800 av JC), prêtre « ouvreur des portes du ciel » à Karnak. On y voit la déesse Nout entourer le défunt de ses bras. L’objet apparait alors comme la porte ouverte sur des humains.

Chopping tool_1enviedailleurs.com

Le plus ancien objet (-1,8 à 2 millions d’années) détenu par le British Museum, provenant de Tanzanie, est un « chopping tool » qui permettait de débiter des morceaux de viande pour en extraire la moelle, grasse et nutritive. Riche en calories, cette dernière fut un des facteurs importants permettant le développement du cerveau humain. Un objet hautement symbolique donc… Le second objet, de Tanzanie également, est un silex biface n’ayant pas de fonction utile et montre que la recherche esthétique vient très tôt dans l’histoire humaine. Au fur et à mesure de l’exposition, les différentes facettes d’un objet sont évoquées : esthétique, symbole du sacré, utilité…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Le pilon en forme d’oiseau venant de Papouasie renvoie à la fois à la dimension esthétique de l’oiseau et à la capacité qu’a l’homme de transformer la nature pour faire d’une plante non comestible un aliment sain.

La Dame de Karpathos, plus ancien objet grec du British Museum, montre des attributs de fécondité alors que la lyre de la Reine Puabi (2500 av JC) rappelle qu’avec l’installation des hommes dans les villes apparaissent les divertissements comme la musique. On découvre également la « tablette du déluge » (700-600 av JC) plus ancien récit épique connu à ce jour relatant l’Epopée de Gilgamesh, en réalité antérieure au déluge biblique, ce qui posa quelques soucis au XIX°s.

Lunule celte_1enviedailleurs.com

La finesse de l’art celtique avec deux lunules celtes se dévoile, tout comme l’importance de la monnaie dans le développement des Empires : Alexandre le Grand, reprenant ce que faisait son père, est l’un des premiers à mettre son buste sur les monnaies.

Au fur et à mesure des salles, les objets permettent d’évoquer le pouvoir politique, la philosophie, la religion, le commerce, l’innovation… autant de thèmes ou d’évolutions qui marquent l’évolution de l’humanité. On mesure ainsi l’évolution des mœurs : les puissants ne sont plus enterrés avec leurs serviteurs et chevaux vivants mais des statuettes de ceux-ci. On apprend (ou se rappelle) que les épices d’Orient ont captivé les Européens pendant des siècles, et ce dès l’Empire romain où une livre de poivre coutait deux semaines de solde pour un soldat.

Cristal de Lothaire_1enviedailleurs.com

Le cristal de Lothaire, prêté exprès pour cette exposition, permet d’illustrer le fonctionnement indépendant de la justice tandis que le jeu d’échecs de Louis (1150-1175) montre que pendant que le Roi guerroie, la Reine régente. Elle pense pendant que l’homme se bat… Une réflexion encore d’actualité ; )

Ce diaporama nécessite JavaScript.

L’objet est également une façon de représenter le monde tel qu’on le voit : une carte du monde varie selon le pays qui la conçoit, la plaque du Bénin « l’Oba avec des Européens » montre les Portugais relégués au second rang, alors même que cet objet est fabriqué à partir de métal européen, le laiton. L’expansif Etat du Bénin, correspondant à l’actuel Nigéria, atteignit le sommet de on pouvoir à la fin des années 1500. Sa capitale était (et est toujours) dirigée par un Oba (roi). Ses relations avec le Portugal étaient basées sur un commerce lucratif.

La partie consacrée à l’esclavage occulte malheureusement l’esclavage inter Africains, et de la péninsule arabique envers l’Afrique, ce qui personnellement a le don de m’agacer au plus haut point car entretenant une version biaisée de cet épisode douloureux de l’histoire de l’humanité et qui subsiste encore de nos jours dans certaines parties du monde.

Les objets deviennent par ailleurs les symboles des pays, comme le sabre samouraï pour le Japon. L’exposition se termine par une vitrine consacrée aux objets du XX°s : la carte bleue, mais aussi un maillot de football contrefait véritable symbole de la mondialisation : portant le nom du joueur ivoirien  Didier Drogba, ayant grandi en France, ce maillot contrefait est fabriqué en Indonésie, vendu au Pérou. Cette tenue est celle du club de foot de Chelsea, appartenant à un Russe, sponsorisé par la compagnie coréenne Samsung.

Maillot_1enviedailleurs.com

Une exposition à voir de toute urgence !

Anne-Laure FAUBERT

Napoléon et Paris : rêves d’une capitale – vous verrez Paris d’un autre œil après!

Pour les amateurs d’histoire, et de Napoléon, direction le musée Carnavalet où, jusqu’au 30 août se déroule une exposition sur les liens qu’entretint l’Empereur avec Paris. Et pour ceux qui voudraient voir les 50 vues de Paris, direction le musée de la Malmaison car seules 4 vues (par roulement de 2) sont présentées à Carnavalet.

Je l’ai visitée en présence des commissaires d’exposition, un moment privilégié et très instructif qui m’a rappelé mes études. J’ai toujours aimé l’histoire et cette matière me l’a bien rendu…

3. Nicolas Antoine Taunay, Entr+®e de la Garde Imp+®riale +á Paris par la barri+¿re de Pantin -® RMN-Grand Palais (Ch+óteau de Versailles)  Franck Raux

Nicolas-Antoine Taunay-Entrée de la garde impériale à Paris par la barricade de Pantin – Copyright RMN Grand Palais Château de Versailles

La vie de Napoléon Bonaparte est liée à Paris. Il y a terminé ses études, participé à plusieurs grandes journées de la fin de la Révolution. Il y a pris le pouvoir. Le sacre, ses deux mariages, sa seconde abdication se passent à Paris. C’est « sur les bords de la Seine » qu’il a souhaité reposer.

Tout en dotant la France des « masses de granit »  avec le préfet (1800), la Banque de France (1800), les lycées (1802), l’ordre national de La légion d’honneur (1802), le franc germinal (1803), et le Code civil (1804) il a souhaité remodeler Paris dès 1800.

7. Charles Percier  et Pierre Fran+ºois L+®onard Fontaine, Fauteuil du tr+¦ne de Napol+®on Ier -® RMN-Grand Palais (mus+®e du Louvre)  Jean-Gilles Berizzi

Percier et Fontaine – Fauteuil du trône de Napoléon Premier – Copyright: RMN – Grand Palais (Musée du Louvre)

« Le nom de roi est usé car il apporte avec lui de vielles conceptions et ferait de moi un héritier, je ne veux descendre ni dépendre de personnes. Le titre d’empereur est plus grand, il est un peu inexplicable et impressionne l’imagination. » Napoléon

Cette conception napoléonienne, on la retrouve également dans sa vision de Paris.

Aux Tuileries, palais qu’il sauve de la ruine, Napoléon a recréé une cour où il a agrégé différentes élites. Joséphine apporte des Antilles le rhum et son bol à punch constitue un bel objet, tout comme ses gants. Napoléon dépose au Louvre, avec la complicité de son directeur Vivant-Denon, toutes ses conquêtes des batailles d’Italie.

Deux empires inspirent Napoléon : l’empire romain et l’empire carolingien. On retrouve cette double inspiration dans sa vision de Paris et sa conception du pouvoir qu’on ne peut concevoir sans apparat. Un de ses 4 trônes constitue d’ailleurs le clou de l’exposition. Par ailleurs le buste monumental de Napoléon exposé est une référence explicite à l’empereur Constantin.  Napoléon perçoit également son rôle comme social. Afin d’éviter aux artisans et ouvriers le désœuvrement qui provoquerait d’éventuelles révoltes, il relance par de nombreuses commandes les soieries de Lyon. Il améliore également la vie quotidienne en faisant édifier des marchés, fontaines, halles, abattoirs et cimetières.

20. Fran+ºois R+®mond, Fran+ºois Damerart, Napol+®on Ier, empereur des Fran+ºais -® RMN-Grand Palais (mus+®e du Louvre)  St+®phane Mar+®challe

Napoléon Premier Empereur des Français – Copyright: RMN – Grand Palais (Musée du Louvre)

La rue de Rivoli est la première rue voulue par Napoléon, même si elle est terminée après la chute de celui-ci. La ville rêvée par l’Empereur est une nouvelle Rome peuplée de monuments grandioses, parfois achevés, parfois seulement ébauchés : la colonne Vendôme, le palais de la Bourse, la fontaine du Châtelet, les arcs de triomphe du Carrousel et de l’Etoile. Lorsqu’il souhaite édifier l’éléphant de Bastille (celui où dort Gavroche dans Les Misérables de Victor Hugo) il s’inscrit dans la lignée d’Hannibal et Alexandre Le Grand. Cette maquette d’éléphant est détruite au XIX°siècle.

Projet pour la fontaine de l'Eléphant place de la Bastille

Projets pour la fontaine de la Bastille –  Copyright: Musée Carnavalet

De nombreux dessins, peintures et objets étayent ces relations entre Paris et l’Empereur. En vous rendant ou en sortant du musée, faites un détour par la place de la Concorde. Vous y admirerez, dans toutes les directions, un monument napoléonien : l’arc de triomphe de l’Etoile à l’ouest, l’Assemblée nationale au sud, l’arc de triomphe du Carrousel à l’est et l’église de la Madeleine au nord. Votre vision de la plus belle ville du monde en sortira changée…