Retour sur la rétrospective Monet au Grand Palais

Dans un précédent billet, j’avais parlé de mes impressions à la sortie de cette exposition.

On y sentait, entre les lignes, une certaine perplexité. J’étais restée sur ma faim.

J’ai donc décidé d’après-midi dimanche dernier. Le monde y était déjà moins nombreux, les têtes avaient enfin laissé place aux tableaux dans les premières salles.

Cette exposition a, selon moi, le mérite de retracer la carrière, longue et souvent réduite aux meules de foin, à la cathédrale de Rouen, et à la jeune femme à l’ombrelle, du peintre.

De ses premiers tableaux, dans la veine de l’école de Troyon, aux prémices de l’abstraction, que de chemin parcouru!

Matinée sur la Seine, Claude Monet, 1897<br />  Mead Art Institute, Amherst College, Massachusetts

Au rez de chaussée, deux vues de la Seine dans les tons violets, permettent de voir la différence de traitement d’un même thème.

Si le tableau de droite est peinte de façon nette, celui de gauche, ressemblant à celui ci-contre, laisse place à la fantaisie, au rêve : les arbres deviennent quasiment irréels, l’eau reflète mille reflets.

La dernière salle, et notamment ses deux tableaux ronds encadrés, me font penser par la délicatesse des couleurs à la sensualité des tableaux de Fragonard, alors même que les sujets diffèrent complètement, nénuphars versus jeunes femmes.

Cette fois-ci, je suis conquise! A quoi tient l’appréciation d’une exposition parfois!

Claude Monet au Grand Palais : une redécouverte…

Une fois n’est pas coutume, je vais parler d’une exposition avant ses derniers jours ; )

Premier conseil d’ami : même si vous êtes quelqu’un de très cultivé, allez-y avec un minimum de bagage culturel car point de tableau récapitulatif à l’entrée. On rentre dans le vif immédiatement. 

Deuxième conseil : évitez le vendredi soir et le week-end. On n’arrive pas à voir les premières salles (sauf si on vous laisse rentrer avec des échasses, mais ça c’est pas gagné).

Troisième conseil : surtout prenez votre temps! L’exposition est grande, comme toutes celles du Grand Palais, et très riche. Il faudrait pouvoir « se rincer l’oeil ».

J’ai mon petit horaire préféré, surtout en automne-hiver, depuis les 10 ans –  le début de mes études – que je fréquente les Galeries du Grand Palais. Mais je n’en dirai rien….

Rentrons maintenant dans le vif du sujet.  Comme toutes les expositions qui se veulent grand public – sans sens péjoratif (je suis contre une culture réservée à une « élite »),  on retrouvera les grands tableaux de Monet  : les meules, les nymphéas, la cathédrale de Rouen…. Que l’on revoie d’ailleurs avec un certain plaisir. 

On y découvre également d’autres oeuvres plus intimistes : La mort de Camille (glaçant de justesse), des natures mortes (je préfère celles de Chardin), des marines… 

Le parti pris du conservateur ne semble pas évident, contrairement à une autre exposition s’étant tenue en septembre à paris: Monet aux origines de l’abstraction au musée Marmottant-Monet, où la filiation entre les dernières toiles de Monet, notamment les derniers Nymphéas,  et les artistes américains des années 1950 constitue le fil conducteur de l’exposition.

On est surpris par certains tableaux, comme celui mis en illustration. On avait oublié cette partie assez classique de Monet, loin de l’impressionnisme triomphant.

On reste un peu sur sa faim toutefois : l’expo est magnifique, mais le fil conducteur peu apparent. Car contrairement à ce que veulent nous faire croire les RH en nous mettant dans des cases professionnelles, une vie humaine n’est pas linéaire. Elle est pleine de richesses, de questionnements, de remises en cause, de retours vers un classicisme à l’automne de sa vie.

Cette exposition le démontre bien.

Yves Saint Laurent : ode à la sensualité féminine

« Le plus beau vêtement qui puisse habiller une femme ce sont les bras de l’homme qu’elle aime » déclara un jour Yves St Laurent.

L’exposition du Petit Palais reflète cette sensualité : fluidité des formes, chemisiers à jabots en crêpe de Chine ou en soie, décolletés plongeants des robes du soir, transparence des robes…. Une féminité assumée, décomplexée… « évidente » en fait.

(c) Alexandre Guirkinger - ROBE BAL PROUST 1971 DONATION  JANE BIRKIN

Cette sublime robe de bal en est l’incarnation : habillée certes, peut-être un peu vieillotte aujourd’hui mais tellement fluide…

Yves St Laurent avait compris qu’en empruntant aux hommes certains vêtements (sahariennes, vareuses, smokings) et en les féminisant, il permettrait aux femmes de se créer leur propre silhouette, loin de la working girl qui sévit hélas dans certains milieux professionnels…

Un très bel hommage…

Source des photos: internet

Bouddha chez Apollon…

La représentation de Bouddha s’inspirerait-elle de celle d’Apollon?

Oui, si l’on en croit l’exposition qui vient de se terminer au Musée Guimet de Paris, « Pakistan – terre de rencontre – Ier-VIème siècles – Les arts du Gandhara ».

Ancien royaume d’influence hellénistique qui recouvre les provinces du Nord-Ouest de l’actuel Pakistan, le Gandhara trouve son essor entre le Ier et le IIIème siècle de notre ère, au temps des successeurs d’Alexandre le Grand et de l’empire Kouchan.

Au confluent des mondes romain, han, grec, terre de Bouddhisme,  le Gandhara « voit naître et se développer une civilisation brillante mêlant les influences grecques, fruits des conquêtes d’Alexandre le Grand, aux inspirations perses et indiennes. »

Nous sommes accueillis par des statues d’Apollon, d’Athéna, d’Atlas, de Pysché. Les formes sont grecques, assurément : le nez, les thèmes, les représentations des Dieux avec leurs attributs. Les représentations de Bouddha étonnent par la finesse du nez, ce fameux nez grec que l’on retrouve dans la sculpture grecque, l’aspect bouclé des cheveux, la présence de la toge… Alors oui, la représentation de Bouddha dans la pierre se serait faite grâce à l’apport grec.

Au fur et à mesure de l’exposition l’influence indienne se fait sentir: les yeux se brident, les formes deviennent plus volupteuses. Les bas-reliefs rappelent à la fois ceux d’Asie et ceux d’Europe, métissage magnifique des cultures…

Cette exposition a le mérite de poser la question, taboue parfois, de l’influence en art religieux.  On en ressort heureux et impressionné…

La création en art… La preuve par Turner

    

L’exposition qui s’est achevée le 24 mai aux Galeries Nationales du Grand Palais de Paris posait une question : celle de la création en art.

Intitulée Turner et ses peintres, cette exposition retraçait les influences et les inspirations de ce grand peintre anglais. Poussin,  le Lorrain, Rembrandt mais aussi, peut-être moins connus en France, Wilson et un contemporain de Turner, Girtin…. La confrontation, qui n’avantage pas toujours Turner au demeurant, est saisissante. Là un paysage du Lorrain repris en y enlevant des éléments, ici un pont dans une autre perspective…  Si l’on ne peut parler de plagiat, l’inspiration est forte. D’ailleurs Turner retouchait ses peintures in situ, lors des  expositions, en observant les peintures accrochées autour de lui…

Parti pris du conservateur de l’exposition ou réalité historique? Les deux à la fois sans doute…  Car si le fait de trouver l’inspiration chez les autres ne choque en peinture, il en va différemment en littérature. Est-ce la notion d’école, réelle dans la première et quasi inexistante dans la seconde? Peut-être. Car peindre et écrire nécessitent d’affronter les mêmes difficultés : les couleurs, le choix de la peinture: aquarelle, acrylique, huile, l’épaisseur ou non de la couche dans un cas; les mots, le choix littéraire : poésie, essai, nouvelle, pièce de théâtre  ou roman dans l’autre.

Qu’est ce que la création en art? Une idée géniale, inexplorée depuis la création humaine? Une intuition personnelle s’inscrivant dans l’air du temps pour se faire connaître? La question reste ouverte…