L’exposition Dogon au Quai Branly: un avant-goût

Jusqu’au 24 juillet se trouve au musée du Quai Branly une exposition sur les Dogon, civilisation du Mali.

Aux alentours des X°- XI°s , fuyant l’islamisation du grand empire du Ghana dont la capitale se trouvait au sud de l’actuelle Mauritanie? les élites animistes partirent vers l’est et se fixèrent d’abord dans la région de Djenné au Mali puis à l’ouest et au nord du plateau de Bandiagara – aujourd’hui très touristiques – où ils apportèrent avec eux leurs coutumes .

L’animisme se traduit dans l’art Dogon par la présence des statues anthropomorphes, support de dialogue entre les hommes et les forces supérieures régissant leur destin. Cette statuaire est multiple, en fonction des peuples d’origine différente qui ont cohabité. Les attitudes représentées sont peu variées: personnages debout les bras levés, hermaphrodites, maternités, cavaliers, couples, figures assises, agenouillées.

Je ne présenterai ici que 4 styles différents, vous laissant le soin de découvrir les autres…

Les statues aux bras levés de type Djennenké sont un symbole visuel et spirituel du pays Dogon.

A la statuaire des Djennenké succède celle du N’duleri, au centre-nord du plateau de Bandiagara. Tout en conservant l’aspect longiligne de l’art Djennenké, les statues N’duleri ont une expression plus nerveuse et plus stylisée.

La statuaire Mandé introduit une nouveauté: les activités, comme ces joueurs de balafon, commémoration possible d’un mythe.

Enfin, le style de Tintam se caractérise par des statues élancées mais bien charpentées couvertes souvent d’une argile rouge, couleur symbolisant l’énergie vitale.

Masques et objets courants comme les fameuses portes de grenier,des repose-têtes et des bijoux sont également présents. Courez-y si vous aimez les Arts premiers!! Je n’avais pas vu une aussi belle collection depuis les expositions de la Fondation suisse Barbier-Müller au musée Jacquemart-André!!

Rembrandt et la figure du Christ: une exposition pédagogique

Située Hall Napoléon, au Louvre, à côté de l’exposition sur Le Lorrain, l’exposition Rembrandt et la figure du Christ vaut la visite.

Vous y croiserez sûrement, surtout le vendredi soir, des séminaristes ou des prêtres guidant des petits groupes de jeunes. Un peu comme pour l’expo sur la Russie, il y a un an et demi.

J’étais sortie de l’expo Redon au Grand Palais en me plaignant de l’absence de comparaisons avec les maîtres ou les contemporains du peintre, seuls Goya et l’écrivain fantastique E.A. Poe étant cités.

Ce problème n’existe pas dans l’exposition Rembrandt (1606 – 1669), la présence de ses contemporains permettant la comparaison. Il faut cependant connaître un minimum d’histoire religieuse pour y aller: les disciples d’Emmaüs, le jugement du Christ ou la parabole des soeurs Marie et Marthe.

Le parti pris de cette exposition est de montrer l’apport de Rembrandt à la peinture religieuse en représentant notamment le Christ « d’après nature ». Loin d’un Christ impassible et idéalisé sur la Croix, celui-ci apparaît au contraire profondément humain. Il en va de même pour les autres protagonistes, notamment dans le jugement du Christ par Pilate où les traits des hommes représentés trahissent la veulerie.

Rembrandt joue aussi sur l’ombre et la lumière dans ses dessins, mettant en valeur la lumière de la foi et du message divin.

Un point d’interrogation subsiste toutefois: à la fin de sa vie, vers 1662, son Christ perd de son caractère humain et semble à son tour idéalisé…

Claude Le Lorrain – « Le dessinateur face à la nature »

Il se tient en ce moment au Louvre une exposition sur l’artiste Claude Gellée, dit Le Lorrain, rassemblant principalement des dessins.

Une très belle exposition apaisante qui nécessite cependant quelques préparatifs, notamment psychologiques.

Ces dessins d’arbres, de bétails, de bouviers… ne peuvent s’apprécier selon moi si on a l’esprit occupé par des soucis professionnels, personnels ou que sais-je, ou si notre oreille prête attention au bruit de fond émanant de la verrière de la pyramide où se trouvent pèle mêle groupes de touristes, guichets de réservations de billets… Autant se rincer l’oeil au préalable auprès de quelques statues ou autres oeuvres situées au calme….

N’ayant pas suivi cette démarche, j’ai eu un peu de mal à « rentrer » dans l’exposition.  J’en retiens toutefois les idées suivantes.

Né entre 1600 et 1604 et décédé en 1682, Le Lorrain arrive à Rome en 1617. Il appartient alors à ce groupe de peintres, parfois d’origine flamande, qui peint en plein air. Le Lorrain se distingue par une vision très apaisée des paysages, voire idéalisée, où l’homme et la nature vivent en harmonie.

Contrairement à certains de ses contemporains, l’artiste préfère une interprétation atmosphérique des sites et des paysages plutôt que topographique. J’ai particulièrement apprécié ce dessin, critiqué alors pour ne pas reproduire la nature, mais étonnamment moderne. Il annonce selon moi l’époque romantique allemande.

Mais ce que j’aime particulièrement chez ce peintre, c’est son utilisation de la lumière dans ses tableaux. Premier à avoir osé peindre le soleil, il influencera par la suite Turner. Les dernières salles de l’exposition sont magnifiques!

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Ulysse remet Chryséis à son père, v. 1644, Musée du Louvre, Paris

Cranach et son temps: une déception

Autant le dire d’emblée, l’exposition du Luxembourg Cranach et son temps m’a déçue.

Etait-ce parce que j’avais déjà vu deux très belles expositions sur ce peintre, l’une à Londres en mai 2008 à la Royal Academy of Arts

http://www.royalacademy.org.uk/exhibitions/cranach/ 

l’autre à Rome en février de cette année à la Galerie Borghèse?

http://www.galleriaborghese.it/nuove/mostre.htm

Et / ou parce qu’il s’agit d’un de mes peintres préférés?

Le choix de faire rentrer le lecteur dans une salle recoupée en petites salles pour l’occasion, autour d’une mise en scène marron foncé imitation bois, m’a d’abord surprise. 

Cette expo reprend en partie les thèmes et tableaux de celle de Londres:

–  l’importance des commandes et du statut de peintre de Cour qu’a été Cranach, conduisant à une réelle industrialisation de sa peinture à partir de « stéréotypes » qui rendent difficile la distinction entre le travail du peintre et de l’atelier – phénomène que l’on retrouve au demeurant chez les Bruegel et les grands peintres italiens mais dans une moindre ampleur;

– son lien avec Luther et le protestantisme.

Celle de Rome, Cranach l’Altro Rinascimento, présentait une façon de peindre différente de celle de la Renaissance italienne, moins inspirée des canons de beauté antiques et utilisant peu la perspective.  Des peintures italiennes jouxtaient celles de Cranach: représentations d’hommes de pouvoir, de Vénus, de femmes de haut rang… Les tableaux étaient suffisamment bien choisis pour que les différences soient visibles.

Ces 3 expositions ont un point commun: les nus, partie centrale de la peinture du maître, et la peinture de femmes à la beauté inquiétante, aux courbes sinueuses et à l’air manipulateur, dans la tradition du Moyen-Âge, pour ne pas dire d’Adam et Eve.

L’exposition du Luxembourg se révèle également pédagogique et, en rappelant les étapes de la vie du peintre montre leur influence sur sa façon de peindre: influence flamande, questionnements face à al Renaissance italienne, et sur les sujets de ses tableaux. 

Il manquait selon moi quelques tableaux pour en faire une très belle expo.

Les femmes et leur(s) sac(s)

Lorsqu’on évoque Rome, on pense à la fontaine de Trevi, au Colisée, à la dolce vita

Pas au fait de devoir conseiller une amie pendant plus d’1h30 car elle hésite entre plusieurs sacs à main… ; )

Voyage ne rime pas forcément avec disparition des contingences matérielles, comme le shopping par exemple.

Jusqu’à ce voyage, je m’étais toujours interrogée à l’aéroport sur les personnes que je voyais revenir chargées de sacs de magasin. Que diable pouvaient-elles rapporter? Non pas que je n’eusse (oui j’utilise un subjonctif ; ) ) jamais rien rapporté de voyages, mais cela rentrait dans ma valise. Je n’aime pas voyager bardée de sacs.

Plus d’1h30 pour un sac me direz-vous? Cela pourrait être tout aussi bien pour une paire de bottes, de gants ou des habits. Après tout, qui dit shopping dit hésitation…

Oui, mais le sac reste quelque chose de particulier pour une femme. Donc oui, cela prend du temps.

Un billet de la célèbre Garance Doré m’avait amusée à ce sujet.

J’avais trouvé cela mignon de présenter ainsi son sac tout comme de préciser qu’un autre de ses sacs était jaloux. Même si, de par mon enfance africaine, j’ai une certaine sensibilité à l’animisme, il ne me viendrait pas à l’idée de dire à l’un de mes sacs: « je t’ai apporté un petit frère, vous pourrez vous raconter des histoires » ou « tiens comme j’emmène Pirate au travail, toi premier flirt je t’emmène en voyage… »  – ces noms étant ceux donnés par la marque… Et pourtant c’est ce que je me suis  retrouvée à faire, cette amie culpabilisant à la fois pour son ancien sac et pour son compte en banque. Je comprends davantage le dernier point…même si elle me croyait plus concernée par le premier.

Le deuxième point intéressant de cette histoire est le rapport à la féminité. Cette amie m’a dit en sortant « je ne me suis jamais sentie aussi femme ».  Venant d’une personne dont la culture n’insiste pas sur la féminité, cette phrase m’a d’autant plus marquée.

Car contrairement à une idée répandue, la féminité s’apprend, notamment pour les femmes ayant fait des études assez poussées. Elle n’est pas innée, elle est même considérée négativement, comme si une femme intelligente devait être moche et mal fagotée…

Un sac représente pour une femme le prolongement d’elle-même: nous pouvons « flasher » sur un modèle pour sa couleur, son grain de cuir, son style. Mais nous regarderons avant tout si notre appareil photo, notre bloc notes ou notre trousse y rentrent. Bref, une part de notre vie…

Et vous, quel rapport entretenez-vous avec votre sac? Amour fou, vache, changeant… ?