Egisto : un opéra baroque parfois un peu longuet

J’étais donc vendredi soir à l’Athénée pour voir L’Egisto, premier opéra italien donné en France en 1646. Ayant assisté à 19h à la conférence donnée par Barbara Nestola, la chercheuse ayant retrouvé cette partition auparavant attribuée à Cavalli, j’ai ainsi appris que cette pièce avait été écrite par un cardinal proche de la famille Barberini, célèbre famille princière ayant compté notamment le pape Urbain VIII connu pour son sens de la famille et des relations …En effet, le livret, inspiré du Décaméron de Boccace, a été écrit par Giulio Rospigliosi (1600-1669). Ancien élève des Jésuites, philosophe et théologien, cet homme de lettres était le proche collaborateur de Maffeo Barberini (1568-1644), devenu le pape Urbain VIII en 1623. Nommé cardinal en 1657, il monta lui-même sur le siège pontifical en 1667 sous le nom de Clément IX. Familiers comme lui des Barberini, les deux compositeurs Marco Marazzoli (1602 ? – 1662) et Virgilio Mazzochi (1597-1646), étaient maîtres de chapelle à Saint-Pierre de Rome. La première donnée à Rome en 1637 bénéficia en outre de l’aide du Bernin pour la machinerie.

Qu’en est-il de la version donnée à l’Athénée ?

Je l’ai trouvée très intéressante à défaut d’avoir totalement accroché. Son principal défaut selon moi relève de la longueur – l’opéra se traîne parfois – et j’ai failli partir à l’entracte. De belles voix, un orchestre dynamique et bien mené.

Lors du Prologue, la Volupté, la Paresse et la Vertu se partagent les rôles de la pièce qui va se jouer devant nous. La dernière scène, où Zanni et Coviello enlèvent leur masque, nous rappelle également que la pièce est terminée.

Egisto, un noble déchu, est amoureux d’un jeune veuve, Alvida, qui le dédaigne. Il refuse de vendre sa demeure à un ami venu lui rendre visite, Silvano et lui donne le produit de sa chasse, au grand dam de ses serviteurs, Zanni et Coviello.

Lucinda, une jeune femme travestie en homme et se faisant passer pour un serviteur d’Alvida, Armindo, est amoureuse d’Egisto.

Egisto passe ses journées à chasser avec son fidèle faucon. Toutefois, lorsqu’on lui annonce la visite d’Alvida, il décide de sacrifier ce faucon.

La pièce n’échappe pas aux rebondissements peu crédibles : dans le corps du faucon mort se trouve une pierre appelée héliotrope, seule capable de guérir la maladie du fils d’Alvida. En rasant la vieille tour de sa demeure, afin de faire plaisir à Alvida, les serviteurs d’Egisto trouvent un coffre rempli de richesses. Enfin, Lucinda s’avère être la sœur perdue d’Egisto. De tels rebondissements sont à rapprocher de ceux écrits à la même époque par Corneille et plus tard par Molière.

Cette histoire est entrecoupée de scènes de la commedia dell’Arte : les serviteurs Zanni et Coviello meurent de faim et l’expriment de façon assez imagée, allant même jusqu’à imaginer leur épitaphe. Cet intérêt pour la nourriture annonce notamment le personnage de Pagageno dans la Flûte enchantée, un siècle et demi plus tard. Des passages très drôles mais qui m’ont mise cependant mal à l’aise : qu’il est facile d’écrire sur la faim quand on est cardinal…Mais quand on la vit au quotidien comme beaucoup de ses contemporains c’est une autre histoire… La scène de foire à Farfa, village appartenant aux Barberini, montre des personnages populaires truculents dont un charlatan.

L’Egisto requiert une double lecture, comme souvent : les nobles est les serviteurs ne s’expriment pas de la même façon, les premiers ayant une certaine pudeur et les seconds des gestes et des expressions parfois grivois. La musique diffère également selon le personnage, très simple pour les bergers, plus sophistiquée pour Alvida ou Egisto.

Enfin, la mise en scène va jusque dans la complicité entre les chanteurs et l’orchestre Les Paladins, provoquant des moments comiques.

En conclusion, j’ai  beaucoup ri et  réfléchi mais me suis également un peu ennuyée.