La Source ou la symbolique de la fleur…

Samedi 29 novembre 2014 – Palais Garnier – Première de La Source remontée par Jean-Guillaume Bart en 2011 sur un livret de Charles Nuitter, une chorégraphie d’Arthur Saint-Léon et les musiques de Ludwig Minkus et Léo Delibes.

la source 2 - Anne-Laure Graf

Créée en 1866 à l’Opéra de Paris, La Source reprend certains archétypes du ballet classique: danses de caractère, intrusion du merveilleux, intrigue simple.

Le ballet raconte l’histoire du sacrifice de l’esprit de la Source, Naïla (Ludmila Pagliero) pour l’amour de deux mortels, le chasseur Djémil (Karl Paquette) et la belle Nouredda (Laetitia Pujol). Zaël (Emmanuel Thibault), l’elfe de Naïla, s’avère un allié précieux pour Djémil.

esprits - Anne-Laure Graf

L’ayant déjà vu en 2011, je me suis concentrée sur certains symboles, et notamment celui de cette fleur rouge et blanche qui fascine Nouredda et qui coûtera la vie à la Source. Rouge pour la passion, blanc pour la pureté. Une fleur qui, pourtant, lorsqu’elle est attrapée par la favorite du Khan, ne cause la mort de personne. Une fleur qui symbolise l’ambivalence des sentiments humains: Naïla aime le chasseur qui lui aime Nouredda, promise au Khan. Ce-dernier tombe sous les charmes de Naïla et humilie Nouredda… Une chasse amoureuse qui pourrait virer au vaudeville si la fin n’en était pas tragique…

salut - Anne-Laure Graf

Côté danse, je retiens de cette soirée la prestance d’Emmanuel Thibault dans le rôle de Zaël. J’avais peur, ayant vu Mathias Heymann dans ce rôle en 2011, d’être déçue. Zaël se révèle techniquement très bon dans ses sauts et profondément touchant lorsqu’il perd la Source.

Karl Paquette nous livre un chasseur un peu rustre, ayant quelques appréhensions sur les passages techniques.

J’aurais personnellement inversé les rôles féminins: Ludmila Pagliero interprète une Source trop humaine alors que Laetitia Pujol nous montre une jeune femme très sensible, tour à tour coquette, volontaire et triste. Une interprétation toute en finesse qui aurait convenu pour l’esprit de la source.

Les passages de danses de caractère en font un ballet de fêtes à voir en famille mais rendent le  ballet un peu long. Heureusement, les costumes de Christian Lacroix en mettent plein les yeux et on peut passer beaucoup de temps à admirer ces chatoiements de couleurs et le scintillement propre à Swarovski.

Une belle soirée qui pose en filigrane la question de la liberté féminine, de l’égoïsme et du destin…

Première de la 3° symphonie de G. Mahler de J. Neumeier : quand l’alliance de la musique et de la danse frôle la perfection…

Karl Paquette (l’Homme), Isabelle Ciaravola (l’Ange), Eleonora Abbagnato (la Femme), Mathias Heymann (la Guerre) et Stéphane Bullion (l’Âme)

Une certaine grâce et une grande poésie se dégageaient hier de l’œuvre de John Neumeier. Un chorégraphe avec lequel j’entretiens une relation ambivalente : j’adore sa Dame aux Camélias, déteste son Parsifal (cf. mon billet) et apprécie sa Mort à Venise à quelques détails près…

Composé de 6 tableaux –  Hier, Eté, Automne, Nuit, Ange et Ce que me conte l’amour – ce ballet alterne scènes de groupe et pas de deux, l’Homme (Karl Paquette) y étant toujours présent, véritable trait d’union du ballet, être en quête d’amour et de sens…

Dans Hier, ode à la virilité tant dans sa force que sa fragilité, l’inspiration du Boléro de Béjart est forte. La grâce de certains passages est bousculée par la violence des danseurs en kaki menés par un Mathias Heymann (la guerre) virevoltant. La guerre menace toujours l’homme. Un premier mouvement marqué par l’importance du groupe, un peu brouillon au début.

A ce tableau entièrement masculin se succèdent Eté et Automne, où principes féminins et masculins se complètent. Les couleurs bleutées, les tutus légers et les pas de deux m’ont rappelé certains passages de Mort à Venise

Le quatrième mouvement, qui commence sans musique, marque selon moi le véritable point faible de ce ballet… et perd une partie des spectateurs. Bien qu’adepte des trios, je n’ai pas été convaincue par ce trio Paquette / Bullion / Abbagnato.

Heureusement, Isabelle Ciaravola (l’Ange) danse ensuite avec une grâce et une légèreté, renforçant le côté évanescent de son personnage…

Ce que me conte l’Amour propose un magnifique tableau rouge pourpre qui laisse cependant l’Homme souvent seul… une très belle réflexion sur la quête de l’amour et son idéalisation… Une scène finale magnifique malgré quelques vacillements sur le côté droit…

La musique de Mahler, malgré des cuivres parfois trop forts, se fait tour à tour puissante, douce, câline presque…

Une alliance réussie entre musique et danse…

Et vous, vos impressions sur cette Première et sur le ballet?

Que retenir de la saison danse 2011-2012?

A l’heure où la saison 2012-2013 a déjà commencé, une vision très subjective en 10 points de ce que je retiens pour la danse de la saison passée:

Côté danseurs:

1 – Revoir Micha (Mikhail Baryshnikov) à Chaillot

2- Les nominations comme étoiles de Josua Hoffalt et Myriam Ould-Braham

3- Mathias Heymann dans La Source de Jean-Guillaume Bart

4 – Marie-Agnès Gillot, Nicolas Le Riche et José Martinez dans Appartement de Mats Ek

5 – Karl Paquette dans Onéguine

6 – Aurélie Dupont et Josua Hoffalt dans Manon

Côté Ballets:

7 – La chorégraphie de La Source par Jean-Guillaume Bart, sublime

8 - Onéguine de Cranko pour la psychologie des personnages et cette très belle fresque

9 – Manon de Macmillan, pour son histoire, la danse, les costumes…

10 – Les étés de la danse et notamment : Revelations d’Alvin Ailey, que j’aime toujours autant et le très sensuel In/Side de Robert Battle

Première du ballet Onéguine: entre passion et honneur…

Hier soir avait lieu à Garnier la reprise d’un ballet entré à l’Opéra de Paris le 16 avril 2009.

Eugène Onéguine est d’abord un roman du grand poète russe Alexandre Pouchkine. Il est à cet égard prémonitoire du sort qui l’attend: Comme Lenski dans Onéguine, Pouchkine meurt jeune dans le duel qui l’oppose à l’officier français d’Antès, accusé de séduire sa femme.

De ce roman sur l’honneur et la vacuité d’un homme, Eugène Onéguine, le chorégraphe sud-africain John Cranko a créé en 1965 un petit bijou de danse classique. Précision pour les mélomanes: aucun élément de l’opéra du même nom de Tchaikovski n’est repris mais des oeuvres du compositeur.

Le premier acte s’ouvre sur le jardin d’une maison de campagne, celle de Madame Larina, où se promènent des jeunes gens. Un décor élégant où va se nouer le début du drame. Un miroir est posé sur la table. Qui le regarde y voit, dit-on, les traits de son bien-aimé. La jeune Olga ( Myriam Ould-Braham) y retrouve ceux de son fiancé, le poète Lenski ( Josua Hoffalt) alors que sa soeur Tatiana ( Aurélie Dupont) y voit ceux d’un inconnu… qui s’avère être un ami de Lenski, Eugène Onéguine ( Evan McKie, artiste invité), tout juste arrivé de St Petersbourg. Celui-ci ne prête guère attention à la jeune femme qui, elle, est troublée. Elle lui écrit, le soir venu, une longue lettre. Dans son sommeil lui apparaît Eugène Onéguine. Un thème cher à Pouchkine que celui du songe, des fantômes, et magnifiquement rendu par la danse. Un pas de deux sensuel en noir et blanc dans la pénombre de la chambre. Un des plus beaux passages du ballet peut-être.

Hélas, lors de l’anniversaire de Tatiana, Onéguine lui rend sa lettre après avoir dansé avec elle. Alors que l’arrivée du prince Grémine (Karl Paquette) est l’occasion pour Tatiana de faire diversion, Onéguine se met à flirter avec Olga, suscitant la rage de Lenski. Des scènes d’une forte intensité psychologique où l’égocentrisme et l’égoïsme d’Onéguine sont montrés – se terminant par une provocation en duel, et plus tard par la mort de Lenski.

Le dernier acte, à St Petersbourg, reprend selon moi dans son décor quelques éléments de l’Ermitage: marbres, lourdes tentures, lustres impressionnants. Plusieurs années après, Onéguine, invité chez Grémine, revoit alors Tatiana, devenue l’épouse de ce dernier. Au milieu des danses, ses souvenirs reviennent… il semble regretter. Mais a-t-il vraiment changé? La dernière scène montre la violence et l’égoïsme de cet homme, qui après avoir écrit à Tatiana, veut – voire exige vu la violence de la danse – qu’elle cède. Une passion partagée mais un honneur à préserver telle semble être la morale de la scène finale…

Un très beau ballet où alternent des pas de deux d’une grande intensité psychologique et des scènes de bal où le corps de ballet semble à son aise. Karl Paquette à qui le rôle de Prince va toujours aussi bien – même s’il reste mal aimé du public. Aurélie Dupont passe avec justesse de la jeune fille romantique à la femme fière, quoiqu’amoureuse, et décidée à préserver son honneur. Evan Mckie, artiste invité, joue parfaitement l’homme blasé par la vie poursuivant une chimère. Josua Hoffalt incarne un poète trop soucieux de son honneur et y perdant sa vie. Myriam Ould-Braham ou la jeune femme inconstante par excellence…

Un drame magnifiquement chorégraphié…

Cendrillon: ira… ira pas?

 

Le ballet Cendrillon sera donné à Bastille à partir du 25 novembre, dans la chorégraphie de Noureev sur une musique de Prokofiev. Deux monstres sacrés russes pour ce conte ancien.

Face aux reprises récentes des ballets, j’avais adopté jusqu’à présent 2 positions:

– si je n’avais pas réussi à voir l’oeuvre ( Caligula, Les enfants du Paradis) je m’y rendais;

– si je l’avais déjà vue, qu’elle me plaise ( La Dame aux Camélias) ou non ( Paquita) je n’y allais pas.

Sauf que, depuis, je suis en train de passer dans la catégorie 5 de mon échelle du balletomane ( cf billet) et j’ai également envie de revoir certains danseurs comme Nicolas Le Riche (histoire de me réconcilier avec lui depuis sa prestation dans Phèdre en septembre ) et Karl Paquette ( idem mais dans La Source).

Et puis Cendrillon est un ballet très particulier pour moi:

– le premier que j’ai vu adulte à l’Opéra Garnier en mai 2005;

– le premier que j’ai vu avec celui qui est devenu depuis mon mari. Il y a un pays où aimer la danse fait partie de l’identité nationale et n’est pas considéré comme efféminé pour un homme. J’ai nommé ?? ; ))) Les balletomanes reconnaîtront ledit pays où le mot « Grand » désigne également le théâtre de la compagnie de danse la plus connue…

Bref, j’y serai donc le 3 décembre avec la distribution suivante. Tiens comme c’est étrange … on y retrouve Nicolas Le Riche et Karl Paquette ; )) Bizarre, bizarre…

CENDRILLON Dorothée Gilbert
L’ACTEUR VEDETTE Nicolas Le Riche
LES DEUX SOEURS Nolwenn DanielAlice Renavand
LA MÈRE Simon Valastro
LE PRODUCTEUR Karl Paquette
LE PROFESSEUR Alessio Carbone

Histoire aussi d’affiner mes remarques sur  Noureev développées déjà dans Le lac des cygnes et Roméo et Juliette: le prologue qui annonce déjà la fin, l’homosexualité latente, l’importance du cinéma ( flagrant dans Cendrillon mais je n’en dis pas plus)…

Et vous, avez-vous vous aussi des ballets qui occupent une place particulière dans votre vie?

Quelle distribution allez-vous voir?

La Source de Jean-Guillaume Bart: beauté et émotion

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J’attendais avec impatience ce ballet, seule création de danse de la saison et dont les costumes sont signés Christian Lacroix.

Comme beaucoup, je pensais également qu’il y aurait une nomination d’étoile, celle de Ludmila Pagliero. Que nenni!

C’est donc après avoir quitté en hâte le vernissage de l’exposition photo à laquelle je participais que je suis arrivée à Garnier samedi.

Pour une fois, j’avais décidé de regarder le ballet sans avoir lu ni l’histoire ni les critiques… Histoire de me faire MON idée du sujet.

Créée en 1866 à l’Opéra de Paris, La Source est un ballet oublié dont le livret était de Charles Nuitter, la chorégraphie d’Arthur Saint-Léon et les musiques de Ludwig Minkus et Léo Delibes.

La source raconte l’histoire du sacrifice de l’esprit de la Source, Naïla (Ludmila Pagliero) pour  l’amour de deux mortels, le chasseur Djémil ( Karl Paquette) et la belle Nouredda ( Isabelle Ciaravola). Zaël ( Mathias Heymann), l’elfe de Naïla, s’avère un allié précieux pour Djémil. S’y greffent de très beaux passages techniques dans une conception classique.

Une création donc très classique.

La magie a opéré samedi soir.

Magie des costumes d’abord. Le soutien de Swarovski leur apportait d’ailleurs un aspect « paillettes » qui aurait vite pu devenir « pièce montée « si les décors avaient été du même acabit. Heureusement ceux-ci étaient très sobres, consistant en quelques cordes représentant notamment des arbres. J’y ai même cherché une symbolique de la Source… A moins que ces cordes ne symbolisent l’irréel propre aux histoires merveilleuses…

Magie des danseurs. Si mon cher Karl Paquette a souffert de la comparaison avec Mathias Heymann ( une différence d’âge? J’ai connu le premier moins raide); ce-dernier était extraordinaire. La salle ne s’y est d’ailleurs pas trompée. Des applaudissement qui changeaient  de la Première de Phèdre.

Magie de la chorégraphie. J’ai beau ne pas être une partisane des grands morceaux uniquement techniques, ceux-ci étaient vraiment réussis samedi soir, tant dans les danses caucasiennes dont le chatoiement des couleurs et les pas rappelaient les grandes danses « de genre » classiques, que dans les danses des Odalisques.

Une très belle soirée, même si la fin était un peu longue. L’occasion  de revoir un Mathias Heymann au meilleur de sa forme et de découvrir une très belle création…

Une question toutefois: pourquoi confie-t-on uniquement aux anciens étoiles hommes des chorégraphies??

Phèdre versus Psyché??

Garnier est à l’heure grecque côté danse.

On y joue depuis jeudi (la Première de mercredi avait été annulée à cause des grèves) Phèdre, action dansée de S.Lifar et Psyché, ballet et création d’A. Ratmansky.

Phèdre surprend à plusieurs titres:

– ce n’est pas de la danse, mais bien du théâtre dansé

– les costumes – de Jean Cocteau svp!! – sont très particuliers. Seule Phèdre (Marie-Agnès Gillot) est dotée d’habits « portables ». Voir Hyppolyte (Karl Paquette) avec des cheveux et des habits jaunes fluos ou Thésée (Nicolas Le Riche) en violet rend l’action presque ridicule. Quant aux personnages en orange , style caricature des Indiens vus par les Européens au XVIII°s, j’ai moyennement apprécié…

– une pluie d’étoiles, oui mais pour quoi? Pour inciter les gens à venir? Sûrement pas pour leur permettre d’exploiter au mieux leurs capacités, même si Marie-Agnès Gillot est une Phèdre remarquable.

– Un Nicolas Le Riche pas au mieux de sa forme. Je l’avais adoré l’an dernier dans Le jeune homme et la mort. Il ne m’a pas subjuguée jeudi dernier.

J’étais donc très déçue à l’entracte même si je comprends certains partis pris:

– les visages maquillés à l’excès reprennent les masques de la tragédie grecque

– la musique de G. Auric traduit dès l’ouverture le caractère tragique de l’action qui va se dérouler devant nous

– l’absence de décor oblige le spectateur à se concentrer sur le drame. J’ai d’ailleurs bien apprécié le phénomène du théâtre dans le théâtre  avec ce péristyle grec en arrière plan où se joue une autre action: prévision de ce qui se passe comme, au début, la présence des chevaux d’Hippolyte, annonce de sa mort future, apparition divine comme celle de Neptune.

La réaction du public m’a fait penser à celle qu’avait eu celui d’In Paris: un accueil froid, peu d’applaudissements et des huées.

 

Psyché redresse heureusement la barre.

Dans un décor assez classique oscillant entre paysage désolé rappelant certaines peintures italiennes et flamandes, paradis aux traits soit d’un Versailles revu soit de cieux aux angelots joufflus, se déroulent les amours contrariées de Psyché (Aurélie Dupont) et Eros ( Stéphane Bullion).

Amandine Blisson campe une Vénus aux rapports quasi incestueux avec son fils: elle souhaite le garder pour elle et sa danse est très explicite.

Les costumes sont plaisants ( mention spéciale pour les 4 Zéphirs chevelus) même s’ils sont parfois un peu ridicules comme lors des scènes du Paradis.

Mais c’est surtout Aurélie Dupont qui « crève l’écran »: elle est magnifique, évoluant entre la résignation, l’amour, la curiosité…. Un danse tout en finesse.

Stéphane Bullion danse également bien et les pas de deux de ce couple sont charmants.

Une oeuvre donc plaisante, dont je suis sortie heureuse mais avec une question en tête: restera-t-il des scènes marquantes dans mon esprit d’ici quelques temps, à l’image du cheval dans Caligula ou de certains passages de Kaguyahimé de J. Kilian?

Est-ce une oeuvre faite pour durer ou pour satisfaire le public sans le marquer réellement.

Possible réponse le 3 octobre, lorsque j’y retournerai…