Artemisia Gentileschi au musée Maillol: la redécouverte d’une grande artiste

Après Berenice Abbott au Jeu de Paume et avant Berthe Morisot au Musée Marmottan Monet, je souhaitais voir l’exposition consacrée à cette grande artiste peintre (1593 – 1652/54) à une époque où une femme, mineure à vie, devait être l’épouse d’un peintre pour que celui-ci endosse en son nom ses commandes… Une femme ne pouvait en effet ni signer un contrat seule, ni acheter ses couleurs ou toucher le paiement de ses tableaux…

L’exposition commence par l’apogée du peintre à Naples, où elle s’est installée en 1630. Si vous souhaitez suivre un ordre chronologique, je vous conseille de commencer par l’étage!

Fille d’Orazio Gentileschi, élève du Caravage, et un des grands peintres de la Rome baroque, Artemisia a d’abord posé pour lui et a été son élève, comme celle du peintre  Agostino Tassi qui la viola pendant de longs mois avant que son père n’intente un procès. Est-ce à cet épisode traumatisant que l’on doit les multiples tableaux représentant Judith en train de trancher la tête d’Holopherne ( 6 tableaux différents rien que dans l’exposition)?

Artemisia épouse à la suite de ce procès Pietro Antonio Stiattesi, modeste peintre florentin. Elle quitte alors Rome pour Florence et travaille dans le style florentin. Les Madone présentées dans l’exposition en sont un bel exemple.

Ses tableaux représentent souvent des sujets féminins, soit fréquents à l’époque, comme Cléopâtre (sur le point de se suicider) ou Clio, soit connus car tirés de l’Ancien Testament mais traités avec une grande violence et une accentuation dramatique digne du Caravage, comme Judith et Holopherne ou Yael et Sisera où la jeune femme tue Sisera en enfonçant un clou dans sa tête.

Certains détails de sa peinture rappellent à la fois une influence familiale et artistique: ainsi, Artemisia accorde une grande importance à l’aspect des vêtements et aux bijoux, rappel à la fois du métier de son grand-père, bijoutier, mais aussi influence de la peinture flamande. Apport que l’on retrouve dans ses très beaux clairs-obscurs exposés aux rez-de-chaussée. Son père a travaillé avec Rubens et cela se sent également dans le rendu des chairs féminines, loin des archétypes italiens de l’époque.

L’exposition insiste également sur l’influence de la peinture française, et notamment de Simon Vouet.

Peintre de cour à succès, elle tombe ensuite dans l’oubli comme Le Caravage.

Une très belle exposition, aux thèmes parfois très noirs et violents, parfois très doux comme les Madone…