Lorsque culture et style font bon ménage… 2 exemples londoniens…

Lors de mon séjour à Londres au mois de mars, j’avais été frappée par la recherche de style des personnes que je croisais. J’en avais alors profité pour faire des photos dans des endroits culturels. On oppose trop souvent selon moi la mode et le style à la culture…

Voici donc 3 photos:

Les deux premières ont été prises lors du Gala en hommage à Anna Pavlova.

La jeune femme incarne selon moi l’archétype de l’élégance: mince, fine, discrète, chevelure et ongles soignés, attention aux détails. Un seul reproche toutefois: je n’aurais pas mis des chaussures noires mais marron foncé pour faire ressortir le pantalon.

La seconde a été prise au Victoria et Albert Museum, à la cafétéria. Je suis tombée des nues en voyant cette femme si bien assortie au décor ; )

 Et vous, ne trouvez-vous pas qu’on oppose trop facilement style et culture??

Roméo et Juliette de Sasha Waltz: de magnifiques pas de deux pour une oeuvre minimaliste…

Une fois n’est pas coutume, je n’étais pas à la Première mais à la Dernière d’un ballet. Je ne connaissais d’ailleurs pas Sasha Waltz et un ami balletomane m’avait mise en garde “je me suis ennuyé”. J’étais donc un peu interloquée en y allant hier…

Tout comme pour la version de Noureev dont je vous avais parlé l’an dernier, le même constat s’impose d’emblée: le couple a du mal à s’imposer face aux deux clans et on cherche Aurélie Dupont (Juliette) et Hervé Moreau (Roméo) dans cette foule.

On retrouve dans cette oeuvre certains travers de la danse contemporaine: une chorégraphie minimaliste, parfois en décalage selon moi avec la belle musique de Berlioz, des danseurs courant – trop – souvent, un peu comme dans Rain de Keersmaeker.

Pourtant le traitement du mythe par la chorégraphe berlinoise est intéressant: elle y brosse à grands traits quelques passages clés comme le bal, où tous semblent bien eméchés, la scène du balcon, le mariage secret (moment fugace) et la mort des deux amants.

Le tombeau de Juliette, qui m’a rappelé les Enfers dans Orphée et Eurydice  de Pina Bausch par l’utilisation des pierres, reste aussi une très belle image funèbre. Quant à Roméo essayant de gravir en vain une montagne, tout est dit: il n’échappera ni à son destin ni à son clan; son amour semble voué à l’échec.

Je retiendrai de ce ballet – opéra:

- la beauté des chants, notamment de Stéphanie d’Oustrac, Yann Beuron, et Nicolas Cavallier, magnifique Frère Laurent au long solo final déchirant;

- la beauté des bas de deux… Aurélie Dupont est toujours aussi gracieuse, Hervé Moreau est – enfin – revenu… et tant mieux! De beaux moments féériques avant le drame final…

Un ballet parfois long – très long – parfois sublime…

Première du Kabuki de Béjart: un bilan en demi teinte…

Si j’ai passé une très bonne soirée hier soir, je le dois davantage au cocktail qui a suivi la Première, où j’ai pu entendre les “bruits du village” et m’entretenir avec les personnes qui mènent la politique de la danse de l’Opéra de Paris, qu’au ballet…

Et pourtant j’aime beaucoup la culture nippone…

Le début du ballet, dans le Tokyo contemporain, est plutôt réussi, de jeunes hommes dansant sur de la musique moderne jusqu’à ce que l’un d’entre eux trouve un ancien sabre japonais. En le touchant, il se retrouve transporté dans l’histoire et l’époque de Chushingura ie du Kabuki (cf billet précédent).

L’histoire n’est alors pas facile à suivre mais les danses et la beauté des costumes ont un certain charme qui berce le spectateur. On y voit Enya Hangan, accusé d’avoir volontairement blessé au visage le maître des cérémonies de la maison du shogun, Kô no Moronō, qui l’avait insulté, se soumettre au seppuku - suicide ritualisé sous forme d’éventration. Sa mort entraîne un devoir de vengeance chez les 47 samouraïs dont il était le chef. Pendant deux ans, Ōboshi Yuranosuke, l’un de ces samouraïs, devenu désormais un ronin (samouraï sans maître) prépare cette vengeance avec les 46 autres. Un soir, ils tuent Kô no Morono et apportent sa tête sur la tombe de leur maître défunt. Les 47 rōnin se soumettent ensuite ensemble au seppuku.

Le souci est que l’histoire est agrémentée de nombreux personnages et détails: leitmotiv du couple moderne et du couple de geishas, apparition d’un sanglier - à l’aspect de “peluche” assez ridicule lorsque replacé dans le contexte - poursuivi par un chasseur. J’ai eu la même impression que l’an dernier à Vienne lors du Concours du même chorégraphe: trop de détails tuent la chorégraphie. Ce qui est dommage car le ballet en soi est loin d’être inintéresant. On y trouve un très beau mélange entre Occident et Orient, tradition et modernité, arts japonais (kabuki, théâtre no)… même si j’ai eu beaucoup de mal avec cette voix d’homme qui chantait de temps en temps et qui a fait sourire plus d’un. L’idée était loin d’être idiote, mais… je n’adhérais pas assez au ballet.

A voir donc mais en gardant à l’esprit que la pièce est étrange voire parfois déroutante…